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TrotskyLand : Le Parc d'Attractions Lutte Ouvrière où la fable tragi-comique de la défense inconditionnelle de l’URSS à géométrie variable ! Fou rire garantie!

Dernière mise à jour : 17 janv.



O désarroi pour nos amis de Lutte Ouvrière – qu'ils en soient pour toujours affligés –, nous allons nous armer de sagesse pour débattre et, oh sacrilège, réfuter les idées de Trotsky et de son invention, disons-le, hautement fantaisiste, de l' « état ouvrier dégénéré », qui s'éloignait avec la grâce d'un funambule sans balancier de la théorie de l’Etat de Marx et Engels.

Pour Lutte Ouvrière, adhérer au "grand parti communiste révolutionnaire" c'est un peu comme accepter de prendre une pilule hallucinogène à l'insu de son plein gré, lorsqu'on s'attaque à la question épineuse et ô combien centrale de la nature de l'État, sans oublier la délicate transition vers les cieux communistes qu’ils nous promettent chaque année pour un avenir indéfini, peut être l’année 3142 de la série « Star trek nouvelle génération »… Tout le monde a bien compris qu’adhérer au "grand parti communiste révolutionnaire", consiste à accepter implicitement d’épouser des analyses théoriques de la paroisse orthodoxe LUTTE OUVRIERE dignes des amateurs d’hallucinogène puissant sur la question centrale et difficile de la nature de l’Etat et aussi de la nécessaire transition socialiste vers le communisme. Tout le monde a alors à l’esprit la tragédie planétaire et historique du thermidor stalinien qui a durablement sali le communisme pour des siècles.


Débattre de ces joyeusetés mérite plus qu'un coin de table; c'est essentiel pour polir le diamant brut que nous voulons appeler "communisme", en veillant soigneusement à ce que la nécessaire transition socialiste ne transforme pas le prolétariat en Icare moderne, chutant une nouvelle fois vers les abysses infernaux de la trahison principielle. Même si d'aucuns diront que c'est ressortir les squelettes de l'armoire politique pour une danse macabre digne d'un colloque d'archéologues, nous croyons fermement que c'est la clef pour attiser de nouveau les flammes de l'espérance d'un projet qui rêve d'arracher l'humanité aux griffes ensanglantées du capitalisme.


C'est pourquoi nous poussons l'audace de revenir aux régimes de "démocratie populaire" de l'ancien bloc soviétique, attachés à l'URSS. Nous allons basé cette analyse sur plusieurs articles publiés dans la revue théorique mensuelle LUTTE DE CLASSE sur la question des régimes des « démocraties populaires ». Pour mémoire les « Démocraties populaires » était un terme issu du lexique politique stalinien pour les distinguer les États inféodés à l’ex-URSS et les démocraties bourgeoises sous l’influence des USA


LES DEMOCRATIES POPULAIRES

suite au partage du monde à Yalta à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.  Dans ces démocraties populaires, et il faut le dire les bourgeoisies locales avaient été alors été expropriés sur le plan économique avec une stricte planification d’état, interdisant toute forme d’autogestion et induisant des inégalités entre la bureaucratie du Parti et de l'État qui disposait alors d’un niveau de vie élevé, et le reste de la population confrontée à une pénurie permanente…


Bref topo sur les "démocraties populaires"


Expropriations de la Bourgeoisie:


Les mesures d'expropriation, mises en œuvre par les régimes stalinistes, visaient à établir une économie basée sur la propriété étatique sur le modèle russe. Comme le décrit l'économiste hongrois János Kornai dans son œuvre sur le fonctionnement des économies socialistes, les propriétés expropriées étaient souvent mal gérées, ce qui a entraîné une inefficacité globale du système économique.


Privilèges et Réalités de la Nomenklatura:


La nomenklatura constituait une classe privilégiée, que nous qualifions de bourgeoisie d'état, au sein de la société stalinisée. Elle avait accès à des avantages comme les magasins de l'élite "Pewex" en Pologne et "ABC" en Hongrie, où les biens de consommation défiaient les pénuries existantes. Les travaux de Tony Judt dans "Postwar" détaillent bien ces aspects du privilège, indiquant une qualité de vie nettement supérieure pour l'élite par rapport à la moyenne des travailleurs.


Les politiques de collectivisation ont souvent été imposées sans tenir compte des réalités locales. Tout en modernisant certaines parties de l'économie et en fournissant des infrastructures de base qui furent bénéfiques à long terme, ces mêmes politiques ont diminué l'efficacité économique et creusé un fossé entre l'élite dirigeante et la population générale. Les chercheurs comme Stephen Wheatcroft ont exploré les résultats de la collectivisation, suggérant que pendant que certains groupes y ont gagné, surtout dans les phases initiales, d'autres en ont indéniablement souffert. János Kornai, "Economics of Shortage" (North-Holland, 1980). Dans cet ouvrage, Kornai développe le concept de "pénurie économique" qui caractérise les économies centralement planifiées des démocraties populaires, où les pénuries deviennent un phénomène omniprésent et systémique. Référence de lecture: János Kornai, "The Socialist System: The Political Economy of Communism" (Princeton University Press, 1992).


CRITIQUE OUVRIERE DES POSITIONS COMIQUES DE LUTTE OUVRIERE


L'analyse et l'examen approfondis du stalinisme à travers le prisme des "démocraties populaires" revêtent une importance cruciale et justifient une discussion continue et éternelle... Cette réflexion est indispensable non seulement pour comprendre les implications historiques, mais également pour nous interroger sur la signification que nous attribuons aujourd'hui au « communisme ». En outre, elle soulève la question fondamentale d'une transition vers le socialisme conçue de telle manière qu'elle soit véritablement bénéfique pour le prolétariat. Même si pour nos lecteurs cela peut s’apparenter à de l’archéologie politique d’universitaire sans intérêt, nous pensons au contraire que c’est central pour relancer l’espérance d’un projet d’émancipation de l’humanité de l’enfer du capitalisme. Rappelons aussi que la « sovietisation » des régimes de l’ancien bloc de l’est instaure la collectivisation des campagnes, l’étatisation des entreprises, la planification centralisée et le développement de l’industrie lourde. Dans le domaine macro-social, elle se caractérise par la disparition de larges pans de l’ancienne élite bourgeoise, l’émergence d’une catégorie de cadres par ascension sociale rapide, le développement de la main-d’oeuvre industrielle et la généralisation du travail des femmes. Il y avait donc bien eu expropriation des anciennes bourgeoisies nationales, collectivisation, nationalisation et planification, y compris du domaine de la production agricole.


Voici donc la référence des articles qui ont alimenté nos analyses et notre critique politique de l'incohérence de cette organisation avec les positions défendues par Trotsky lui-même. 


Publication numéro 1 « Le mouvement trotskyste et le problème des Démocraties Populaires lutte de classe n°8 - octobre 1967 

Lien vers l’article :



« Textes de la Conférence nationale de Lutte Ouvrière - La situation internationale : L'évolution des « Démocraties populaires » lutte de classe n°28 - décembre 1989 »

Lien vers l’article :


Nous allons défendre la thèse que les articles de Lutte Ouvrière (LO) présentent plusieurs points de divergence profonde par rapport à la pensée trotskyste traditionnelle telle qu'elle a été exprimée par Léon Trotsky lui-même, en particulier dans son analyse de la nature de l'État et de l'URSS avec son concept de l'État ouvrier dégénéré.


Dans ses articles, Lutte Ouvrière qualifie les États des Démocraties populaires de "bourgeois", même s'ils étaient marqués par le contrôle de la bureaucratie soviétique. Lutte Ouvrière soutient que les régimes des démocraties populaires ont été des états bourgeois dès le départ et qu'ils le demeurent, n'ayant jamais été transformés en États ouvriers à cause de la nature des interventions de la bureaucratie stalinienne.

 

Dans l'article  « Le mouvement trotskyste et le problème des Démocraties Populaires lutte de classe n°8 - octobre 1967 » LUTTE OUVRIERE critique un certain « Germain » et explique « A la même tendance, qui expliquait le caractère « ouvrier » de l'appareil d'État de ces pays du fait qu'il était truffé de staliniens, Germain répliquait : « Même si la majorité des fonctionnaires de l'État bourgeois était membre du parti stalinien.... la nature de l'État n'en serait pas qualitativement différente. Ce n'est pas l'origine sociale du personnel composant l'appareil d'État qui détermine sa nature mais celle-ci résulte de sa structure déterminée par les rapports de production sur lesquels il se base ». Sauf que Léon Trotsky ne qualifiait pas ces régimes de "bourgeois", mais il parlait plutôt d'un État ouvrier dégénéré en ce qui concerne l'URSS, en soulignant que la base économique socialiste serait déformée par une surstructure bureaucratique parasitaire. Et comme chacun sait la bureaucratie stalinienne sous Staline était aussi truffée de « staliniens »… Vous avez le droit de rire de cette énormité sans fond  avec moi… Dans le même article, on peut lire une autre blague « La bureaucratie soviétique poursuivit donc une politique totalement différente dans les régions intégrées et dans les Démocraties Populaires. Dans les unes, elle instaura son propre appareil d'État, dans les autres, elle restaura l'État bourgeois. » Donc la bureaucratie stalinienne de fait chier à exproprier les bourgeoisies locales juste pour restaurer un nouvel état bourgeois… Excusez moi, je dois être sans doute trop bête pour nos amis de l'église LUTTE OUVRIERE pour comprendre la logique de la bureaucratie stalinienne affirme « Le caractère de classe de l'Etat est défini par son rapport avec les formes de propriété des moyens de production. » … Tout en dénonçant la nature réactionnaire du régime stalinien, Trotsky défend la thèse « Dans cette mesure Staline défend la propriété nationalisée contre l'impérialisme et contre les couches trop impatientes et trop avides de la bureaucratie. »

TROTSKY ET NATALYA

Source des citations :

DEFENSE DU MARXISME

UN ETAT NON OUVRIER ET NON BOURGEOIS ?

 

« La bourgeoisie apprécie cette différence sociale mieux et plus profondément que les girouettes radicales. Assurément, la nationalisation des moyens de production dans un pays, et un pays arriéré comme celui-là, n'assure pas encore la construction du socialisme. Mais elle est susceptible de renforcer les conditions favorables au socialisme, à savoir le développement planifié des forces productives. Tourner le dos à la nationalisation des moyens de production sous prétexte qu'elle n'assure pas en elle même le bien-être des masses équivaut à condamner à la destruction une fondation de granit sous prétexte qu'il est impossible de vivre sans murs ni toits. » 

Manifeste d'alarme de la IV° Internationale - Défense de l’U.R.S.S

Pour lui un Etat Ouvrier est donc bien défini par la seule propriété collective des moyens de production…

Trotsky parle  aussi d'un appauvrissement de l'État ouvrier en URSS devenu dégénéré par la mainmise bureaucratique. Il écrit dans "La Révolution Trahie" (1936) : « La bureaucratie a levé au-dessus d’elle l’Ancien Testament du bolchévisme, le tourne comment elle veut et lui fait rendre ce pourquoi elle a un besoin immédiat. » (Chapitre I « Qu'est-ce que l'URSS et où va-t-elle ? »). Alors que pour LO, les états des anciennes « démocraties populaires » annexés par l’ex-URSS n'avaient même pas atteint l'état ouvrier dégénéré mais sont directement rentrés ou restés dans le giron du capitalisme. Or dans un texte en rapport avec l’invasion de la Finlande par l’URSS sous Staline dans le cadre d’un accord avec Hitler, Trotsky envisageait une « sovietisation de la Finlande »: « J'ai écrit plusieurs fois que si la guerre de Finlande ne débouchait pas sur une guerre générale, et si Staline n'était pas contraint de reculer devant un danger extérieur, il serait alors forcé de procéder à la soviétisation de la Finlande. »


SOURCE « Bilan de l’expérience finlandaise »

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Trotsky proclame encore …: « Ni le tsar, ni Hitler, ni Chamberlain n'ont eut eu ou n'ont l'habitude d'abolir la propriété privée capitaliste dans les pays occupés. » L. Trotsky, Lettre à Sherman Stanley (8 oct. 1939), citée dans Défense du marxisme, EDI, Paris 1972, p. 267. La lettre est signée Crux !! Donc même ultra réactionnaire, la bureaucratie stalinienne exporterait les bases du socialisme…Je reconnais là mon impuissance à comprendre la logique…

 

Et Trotsky avait également le sens de l’humour en soulignant sa défense inconditionnelle de  l’URSS « C'est [cette] attitude qu'un ouvrier conscient adoptera vis-à-vis de l'URSS. Il est parfaitement en droit de dire que les gangsters de la bureaucratie ont transformé l'Etat ouvrier en ruine. Mais, quand il passe de cette explosion d'indignation au problème politique, il est bien obligé de reconnaître qu'il a devant lui un Etat ouvrier faussé dont le moteur économique est endommagé, mais qui continue à tourner et qui pourrait être réparé complètement par le remplacement de quelques pièces. »

 

Et cerise sur le gâteau, Le même Trotsky rajoute le 18 octobre 1939 « Si la canaille bonapartiste constitue une classe, cela signifie qu'elle est non pas un avorton accidentel, mais un enfant viable de l'Histoire. Si son marivaudage et son parasitisme spoliateur constituent une “exploitation” au sens scientifique du terme, cela signifie que la bureaucratie a, devant elle, un avenir historique en tant que classe dirigeante indispensable.»

 

Quelle que part, son propos était prémonitoire… Pour Trotsky  ce qui détermine donc la nature de classe de l’état donc c’est les nationalisations des moyens de production, le monopole du commerce. Il ne dit pas que c’est du socialisme mais ce serait une condition pour le socialisme…quelque part il est plus nuancé que nos gauchistes sectaires adepte de la paroisse ouvrière orthodoxe… Donc pour Trotsky l’URSS était une forme dégénérée de la dictature prolétariat parce qu’il y a monopole du commerce et nationalisation. Dans le raisonnement de Trotsky, on a le droit de relever une contradiction : si ce n’est pas le début du socialisme, alors pourquoi l’URSS était un état ouvrier ?  Finalement, selon nous, Trotsky défend une conception juridique, car la nationalisation des moyens de production définit la nature ouvrière d’un Etat.. la transformation socialiste peut se résumer dans une première phase un simple changement juridique dans le régime de propriété : de la propriété privée capitaliste à une propriété d’état… Finalement, Trotsky décrit la victoire de Staline, non seulement comme le triomphe des tendances modérées, conservatrices, bureaucratiques et nationalistes, mais même comme la « victoire des suppôts de la propriété privée » L. Trotsky, « Mein Kampf mit Stalin » (Mon combat contre Staline), in Das Tagebuch, Xe année, N° 10, 9 mars 1929, p. 381. Et là nous touchons du doigt une caractéristique intéressante de la pensée de Trotsky : selon lui, « le système soviétique (...) est avant tout un nouveau système de relations économiques ou de “propriété”. C'est pour l'essentiel une question de propriété : la terre, les banques, les mines, le rail. » Si la propriété privée des moyens de production, distribution et communication était rétablie, alors on retournerait au capitalisme. Mais, en revanche, aussi longtemps que la propriété d'Etat de ces moyens sera maintenue, la Russie gardera ses fondements « socialistes ». Sur ce point il n'y a aucune différence fondamentale avec la thèse stalinienne… Dans l’ancienne URSS, et les fameuses « démocraties populaires », les inégalités sociales étaient aussi fortes dans le cadre d’une entreprise d’état que dans le cadre d’une entreprise capitaliste.

 

Nous concernant, nous ne sommes pas trotskistes, car nous affirmons que l’abolition des classes sociales  ce n’est pas seulement la nécessaire centralisation et collectivisation des moyens de production mais aussi l’égalité sociale. Le début d’une transition socialiste se doit d’en finir avec les inégalités de classes, les inégalités de revenu, et assurer un droit de gestion directe de la production par les travailleurs-consommateurs associés.


Mais en réalité pour nos amis de la paroisse LUTTE OUVRIERE, mais aussi de la kyrielle de groupes trotsko-stalino-maoiste-reformistes, ce qui détermine finalement la nature de l’Etat ouvrier, la nature de l’URSS, puis la nature du régime poutinien contemporain, c’est la mystification de la révolution russe d’octobre et du parti bolchevique centralisé de Lénine et Trotsky…à l’exclusion de tout autre régime socialiste qui ne serait pas dirigée par un parti « bolchevik »… On est là dans le domaine du fétichisme et de la croyance religieuse qui me fait penser à une proche qui a succombé à l’obscurantisme religieux et qui attend le retour de Jésus dans sa gloire…


Pour en revenir au débat central, on peut donc à nos yeux considérer que d’un point de vue trotskyste, et nous le sommes pas, les régimes en vigueur dans les anciennes « démocraties populaires » de l’ancien bloc soviétique étaient bien des états ouvriers déformes où dégénérés qui auraient eu une base socialiste et qu’il aurait fallu défendre de façon inconditionnelle.  


Rappelons que dans les évènements de la guerre froide entre l’ impérialisme US et l’URSS, LO s'était alignée en Afghanistan contre l'Armée rouge qui combattait des fanatiques réactionnaires armés par les impérialistes; qui aujourd’hui au pouvoir  impose aux femmes le retour à l’âge de pierre. Elle avait lamentablement, il faut le dire, tourné le dos de fait à la « défense inconditionnelle de l’URSS »… Cette organisation avait également soutenu Solidarnosc, un syndicat qui se réclamait ouvertement  des pires idées politiques nationalistes, cléricales et réactionnaires . Et bien la lumineuse organisation « LUTTE OUVRIERE » exprimait alors un soutien inconditionnel et son « entière solidarité » avec « les travailleurs polonais» ; en Allemagne, elle  avait approuvé également sa réunification capitaliste: « Qu'il à la propriété privée n'a pas apporté le bonheur à la classe ouvrière de ces pays [de l'Est]» (Lutte de classe n° 40, été 1991…  Bref, c’est une « défense inconditionnelle » à géométrie variable…


Ayons une pensée émue pour Trotsky, qui, dans sa tombe, doit battre des records de rotation perpétuelle face à de telles acrobaties intellectuelles. Le combat pour le socialisme mérite bien mieux que ces contorsions conceptuelles dignes des meilleures tirades des chroniqueurs de TPMP. A quand Sœur Nathalie Artaud chez HANOUNA ? …


Alors laissons "Lutte Ouvrière" à ses rêveries, ses mythes, et ses théories rocambolesques, où peut-être, dans un élan lyrique, le prolétariat se convertirait soudainement à la cause du socialisme, après avoir reçu la révélation mythique. Back to basics, comme dirait l'autre. La révolution prolétarienne est trop sérieuse pour faire confiance à une confrérie de doux rêveurs qui nous vendent du rêve une fois par an à la fête de fée clochette…(soit dit en passant, ne crachons pas sur la soupe : je recommande vivement le stand de la fondue savoyarde qui est parfaite à la fête annuelle de Lutte Ouvrière…Mais là c’est mon ventre qui parle … ).


GRUNDIZIO MUNIS

Je dédie ce texte à Grundizio Munis, un des fondateurs de la section espagnole de l’Opposition de gauche en 1930, qui a parfaitement restitué dans son ouvrage « leçon d’une défaite, promesse de victoire », comment des partis ouvriers, stalino-réformistes, centristes, mais aussi anarchistes avaient saboté et trahi la classe ouvrière espagnole et ouverte une autoroute au fascisme…


Mais aussi à Otto Ruhle, militant marxiste du début du siècle dernier, qui dénonçait la dictature exercée par le parti bolchevique aux dépens des organisations ouvrières, que nous promets Lutte ouvrière et la cohorte de groupe trotsko-stalino-reformiste à n’en pas douter…


OTTO RUHLE

A LIRE ABSOLUMENT :


Fascisme Brun, Fascisme Rouge OTTO RUHLE

Stalinisme et fascisme : critique socialiste du bolchévisme

 


Soyons sérieux une minute - quoique la dérision soit bien plus divertissante, vous conviendrez. Le "vrai" parti révolutionnaire, mes chers camarades, oh ! Ce n'est certainement point cette petite troupe de quelques centaines de gauchistes aux idées aussi lumineuses que celles qu'on a juste avant de s'évanouir. S'imaginant touchés par la grâce divine, ils prêchent, tels de modernes apôtres, la bonne parole révolutionnaire avec la ferveur d'un insomniaque lors du téléachat nocturne.

 

Non, le véritable parti révolutionnaire, il se construira - oh, patience, patience - quand le prolétariat se réveillera sous le poids des conditions matérielles et les contradictions aussi flagrantes que les trous dans un gruyère suisse du capitalisme. À ces millions de prolétaires, notre message est simple : Ne faites confiance à PERSONNE... et encore moins à ces gauchistes qui se croient au carnaval toute l'année.

 

Quant à la tâche historique - parce qu'il en faut bien une, n'est-ce pas ? - du prolétariat communiste, elle ne consiste pas à attraper le pouvoir tel un enfant qui s'empare du dernier biscuit sans demander son reste, pour ensuite exercer une dictature aussi renversante qu'une tartelette renversée par un éléphant dans un magasin de porcelaine. Non, sa mission est d'orienter le prolétariat de façon sincère, désintéressée Surtout, il doit démasquer les faux prophètes plus sûrement qu'un magicien révélant ses tours à un public d'enfants légèrement blasés.


Oui, le vrai parti révolutionnaire ce ne sont certainement pas quelques centaines de gauchistes illuminés, se croyant investis d’une mission divine. Le vrai parti révolutionnaire se construira lorsque le prolétariat, en France, immensément majoritaire, que les conditions matérielles et les contradictions du capitalisme, feront rentrer dans la scène sur la base d’un projet socialiste qui sait tirer les enseignements de l’histoire et de la tragédie planétaire et historique du thermidor stalinien : à ces millions de prolétaires, nous leur délivrons un conseil d’or : NE FAIRE DONC SURTOUT CONFIANCE À PERSONNE, AUX ETIQUETTES, AU VERBIAGES … Être révolutionnaire, c’est inlassablement démasquer les illusionnistes et les faux prophètes…Car le véritable acteur de ce changement, c'est le prolétariat en personne. Un prolétariat critique, qui ne doit pas se laisser pas embobiner par de la démagogie, et qui, le moment venu, jouera son rôle de héros avec plus d'authenticité que n'importe que ces acteurs de cinéma grimé en révolutionnaire du dimanche… Nous souhaitons un communisme restitué, où le prolétariat, loin d'être le jouet d'une oligarchie bureaucratique ou le martyr d'une économie chaotique, serait le maître de sa destinée, l'acteur principal d'une orchestration sociale harmonieuse et équitable. Voilà l’ambition, voilà la vision à laquelle nous aspirons – non pas à travers des lunettes teintées de romantisme révolutionnaire, mais avec la clarté cristalline d’une analyse rigoureuse et lucide.


VIVE LE PROLETARIAT! TOUS LES POUVOIRS AU PROLETARIAT! LE PROLETARIAT VAINCRA!



 

DOSSIER SPECIAL CRITIQUE DE LA RELIGION TROTSKIENNE -LENINIENNE...


PRECISIONS PRELEMINAIRES: Avant de jeter notre dévolu sur le cœur de la matière, prenons un instant pour caler les jalons avec un brin d'autodérision. Il se trouve que dans la grande épopée de la recherche de l'information, notre quotidien de labeur ressemble davantage à une course d'obstacles qu'à une promenade de santé. Et oui, notre fière quête de savoir s'effectue entre un job chronophage et des pauses conquis sur le sommeil - gracieuseté de l'insomnie.

Nous ne revendiquons aucunement le statut de Prophètes de la Vérité Absolue. On laisse ça aux apôtres inébranlables de la conviction figée, vous savez, ceux pour qui 'changer d'avis' est un concept aussi étranger que le karaoké chez les moines. On avance nos idées avec l'humilité de ceux qui savent que dans ce monde, à part peut-être les faits scientifiques et la recette du parfait croissant, peu de choses sont coulées dans le bronze.



Et, pitié, ne lancez pas une croisade contre nous pour quelques fautes de frappe ou erreurs d’orthographe égarées dans notre charmant recueil de pensées. Soyons réalistes, nous ne sommes qu'humains et, à moins d'avoir été bénis par le dieu de la grammaire, l'infaillibilité nous échappe. Alors, munissez-vous de votre bonté légendaire et rappelez-vous : c'est en errant que l'on apprend. D'autant que ceux qui n'ont jamais fauté doivent être aussi rares que ceux qui affirment avoir vu un éléphant rose en tutu faire des pirouettes. À vos plumes et que le moins fautive gagne ! Si nous trébuchons, nous serons condamnés à expier nos fautes à la prochaine soirée dansante de Lutte Ouvrière, armés d'un chapelet généreusement fourni par une de nos consœurs prolétaires qui, dans un élan mystique inattendu, a plongé dans les eaux sacrées du christianisme...



TROTSKISME

LE TROTSKYSME: SERAIT IL L’ULTIME BASTION D'UN RÉFORMISME CONTEMPORAIN A ABATTRE ? CRITIQUE OUVRIERE DE LA RELIGION TROTSKIENNE-LENINIENNE



Après des décennies parsemées de désenchantements en France et ailleurs sur le globe, il est devenu évident que les entités social-démocrates, se réclamant du socialisme ou du communisme, ont rapidement trahi leurs promesses, se montrant inféodées à l'ordre social établi par la bourgeoisie. En France, l'expérience a été particulièrement amère, avec des gouvernements de gauche dont les actions ont été perçues, à juste titre, comme celles d'une bourgeoisie déguisée, et celles d'un Parti "communiste" "français", teinté de chauvinisme et de nationalisme, ayant apporté son soutien à François Mitterrand. En Grèce, l'ascension et la chute de SYRIZA ont renforcé cette conviction : malgré des promesses électorales empreintes d'un radicalisme révolutionnaire, cette formation de la gauche radicale, une fois au pouvoir, a étouffé les aspirations de la classe ouvrière et s'est pliée avec docilité aux exigences du capitalisme international.


Le trotskisme affiche des prétentions révolutionnaires; cependant, un examen attentif de la Révolution russe révèle qu'elle s'est transformée en une dictature bureaucratique sur le prolétariat dès l'ascension au pouvoir de Lénine et Trotsky. De plus, le trotskisme moderne mise sur une stratégie de convergence des luttes pour atteindre ses objectifs révolutionnaires socialistes, négligeant le fait que le contexte a radicalement changé depuis la Russie de 1905, une époque où les droits démocratiques étaient inexistants et où la révolution bourgeoise n'avait pas encore eu lieu.


Confronté à ce constat d'impasse, le réformisme se trouve dans l'obligation de chercher refuge dans une interprétation dénaturée du marxisme, notamment à travers le trotskysme et où le léninisme. Les dizaines de millions de victimes du stalinisme servent de repoussoir structurel au capital mais ne permets plus à des organisations opportunistes de rallier les travailleurs. Depuis plus d’un siècle, la classe ouvrière s'est vue trompée par des promesses non tenues et des trahisons répétées, menant à la quête d'une alternative sérieuse et crédible. Le trotskysme, présenté comme une forme "pure" et "véritable" du socialisme, une opposition dite de "gauche" au stalinisme, se présente comme une alternative à la lamentable trahison de la gauche réformiste incarnée en France par le MITTERANDIEN de toujours, Jean Luc MELENCHON. Le devoir historique, du prolétariat communiste, est de démontrer qu’il s'agit là d'une chimère de plus, une tentative désespérée de redorer le blason d'un réformisme décadent : un rempart ultime à la révolution prolétarienne !


INTERMEDE PETITE PIQÛRE DE MEMOIRE POUR LES FANS DE MELENCHON...ET LES SALOPERIES ANTI OUVRIERES DE MITTERAND...ET SON POULAIN MELENCHON...




Nous allons nous efforcer de démontrer sur la base des travaux historiques les plus récents et l’ouverture des archives sur l’évènement historique le plus controversé de l’histoire, la révolution russe qui a vu une défaite historique du prolétariat et dont les conséquences sont une tragédie pour toute l’humanité, et peu être de la survie même de l’espèce ! Nous n’allons pas non plus produire un livre exhaustif sur le déroulement de la révolution russe car nous n’en avons évidemment pas les compétences et cela n’est pas de notre ressort mais celui des historiens. L’objet de ce texte est de chercher à tirer des enseignements des erreurs du passé. Nous ne prétendons pas non plus avoir raison, ni de détenir la vérité universelle. Nous ne sommes pas des curés… Nous concernant, nous comprenons l’héritage politique de Marx et Engels comme un guide de l’action révolutionnaire, basée sur une méthodologie scientifique, une science multi disciplinaire qui évoluent avec la richesse des expériences du mouvement ouvrier, et des progrès de la science de l’histoire. Nous nous efforçons sans prétention de baser nos critiques sur les progrès de la science de l’histoire et les travaux les plus récents suite aux ouvertures des archives sur la question russe. Car après un siècle de tragédie et de défaites de la classe ouvrière, on ne peut pas faire l’impasse sur une recherche archéologique qui peut du reste laisser des questions ouvertes.


Nous lisons avec intérêt les travaux des historiens tel que Eric Aunoble, Marc Ferro, Oskar Anweiler mais pas que, pour forger nos convictions. Nous faisons le choix de vous transmettre avec deux documents utiles pour alimenter la reflexion de Eric Aunoble. (Éric Aunoble est historien, chargé de cours à l'université de Genève. Depuis les années 1990, il mène des recherches en Ukraine. Il s'intéresse particulièrement aux débuts de la période soviétique, et notamment à l'engagement des « plébéiens » dans la Révolution et la Guerre civile (1917-1921). Source WIPIKEDIA).


La_question_de_la_violence_dans_la_Revol
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La_question_ouvriere_dans_la_Revolution
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SOURCE La question ouvrière dans la Révolution russe Éric Aunoble

Préface au livre de Simon Pirani, La Révolution bat en retraite, La nouvelle aristocratie communiste et les ouvriers (Russie 1920-24), [2008] Les Nuits Rouges, Paris, 2020, pp. 5-13.


Nous concernant, nous sommes militants et non historien, mais parceque nous espérons être fidèle à l’héritage de Marx, et Engels, nous lisons avec intérêt la définition de Eric Aunoble « La recherche historique » qui « est une discipline empirique. Son rôle n’est pas d’ordonner les faits du passé pour satisfaire au concept. Elle doit plutôt tenter de donner à comprendre le passé en utilisant des concepts pour analyser au mieux les sources disponibles. »


La question centrale est pour nous, militants de la cause prolétarienne, est parfaitement pointé du doigt par Eric Aunoble


POL POT

 . Après les dizaines de millions de morts et génocides organisés par les régimes staliniens, et l’ancien militant du PCF stalinien,


POL POT REGIME

au Cambodge, c’est clairement une évidence, un devoir de chercher à comprendre les raisons historiques, les erreurs politiques qui aveint été commise par les acteurs de la première tentative de voire instauré une transition socialiste. Nous concernant, nous restons toujours acquis à la nécessaire dictature du prolétariat que nous ne cofondons pas avec la dictature d’une aristocratie politique. Cette phase transitoire n’est pas une fin en soi, c’est une contrainte, car l’expérience historique millénaire a démontré aussi que les forces de la réaction sont impitoyables et prévisibles. La question posée par la tragédie russe est de préciser la forme de cette dictature du prolétariat qui est évidemment lié au programme politique porté par le prolétariat communiste mais aussi du rapport des forces entre les classes, des rapports de forces militaires en définitive entre les exploiteurs et exploités. La défaite de la révolution russe pose aussi la question de savoir si il vaut mieux perdre une bataille que de gagner une victoire à la Pyrrhus… L’épineuse question de l’accord entre Lénine et les forces réactionnaires prussiennes à BREST-LITOVSK vient à l’esprit…Nous informons nos lecteurs que Lénine avait conclu une paix avec en arguant qu’il ne tiendrait pas trois semaines au pouvoir si l’accord n’était pas signé…


Traité de Brest-LitovskTraité de Brest-Litovsk

Cette position rencontra alors de vives oppositions au sein même du parti bolchevik selon les historien…On ne peut pas refaire l’histoire, mais on a le droit en tant que militant communiste de se poser la question si le choix de Lénine qui joua sa démission, fut un acte de trahison, une erreur croyant bien faire, la question reste ouverte ? Personnellement, l’histoire a donné raison à ses opposants qui voulaient continuer la guerre révolutionnaire et sans doute ils auraient peut être perdu… Mais ils nous auraient épargné un siècle de stalinisme…


Cela a constitué une trahison à l'égard de tous les prolétaires qui fraternisaient sur les fronts européens et exprimaient un élan vers ce qui allait devenir la période la plus intense de révolutions dans l'histoire. Lénine, à juste titre, avait exhorté les prolétaires à retourner leurs armes contre leurs propres généraux. Pourtant, il tourne casaque en prônant ensuite comme nouveau mot d'ordre le désir d'une paix juste et équitable, concept qui s'avère être une pure chimère face à l'impérialisme dominateur. En effet, la notion d'une paix équitable est une illusion lorsque le camp victorieux écrase et pille celui qui est vaincu. À titre d'exemple, le traité de Versailles en est la parfaite illustration.


Enfin, il rappeler aussi aux dogmatiques adeptes de la religion trotskienne léninienne  qui réduisent la transition socialiste à la seule collectivisation de la production, le monopole du commerce et l’expropriation du capital, que le très léniniste stalinien POL POT, formé au PCF, avait exproprié la bourgeoisie en organisant un génocide de masse, et aussi abolît l’argent accessoirement… Nous concernant, le génocide de la bourgeoisie française ne fait pas parti de notre projet politique… A la lumière de cette folie, nous ne réduisons pas le communisme comme la seule planification de la production collectivisée sous le contrôle d’une bureaucratie étatique, mais comme un mouvement historique vers l’abolition de toute forme d’exploitation économique mais aussi et également l’abolition de toute forme de domination politique !


Pour comprendre les raisons de cette tragédie, nous devons revenir sur l'histoire de la révolution russe.


Nous lisons avec un intérêt vif le propos de l’historien Eric Aunoble extrait du document sur le rôle de l'aristocratie ouvrière durant la révolution russe « Cela reste toutefois une aristocratie ouvrière qui a toujours entretenu une relation paternaliste avec la classe dont elle était originaire. Simon Pirani décrit précisément la naissance du contrat social qui prévaudra en Union soviétique jusqu’aux années 1980. La bureaucratie et la classe ouvrière se vouaient une méfiance et une haine réciproques, mais elles se savaient interdépendantes. La bureaucratie tenait son pouvoir du prolétariat et le prolétariat devait sa subsistance au régime (lequel ne le rétribuait pas tant pour son effort productif que pour sa soumission). Emprise totalitaire sous Staline, Seconde Guerre mondiale et révoltes après 1953 : l’équilibre a été régulièrement ébranlé par des cataclysmes extérieurs ou par la pression d’une des deux forces en présence. Il s’est malgré tout rétabli à chaque fois, même si c’était sous une forme toujours moins consciente des enjeux originels. Ce combat devenu aveugle s’est finalement soldé par l’effondrement du système en 1991. » La dissolution de l’URSS au profit d’un régime mafieux, du régime poutinien, est clairement une régression historique et tragique pour la Russie mais aussi pour le monde entier, où a vu des anciens apparatchiks pille joyeusement pillé les biens collectifs de production à leur profit, et sont devenus aujourd’hui les nouveaux milliardaires de Saint Tropez…


Il est également utile pour comprendre la typologie des personnalités historiques et la psychologie des dirigeants de la social démocratie russe incluant les bolcheviks de faire un retour sur les origines du mouvement révolutionnaire pré marxiste en Russie.  En Russie, avant l’apparition du marxisme, l'apogée du socialisme s'est exprimé à travers le courant narodnik et sa composante la plus notable, la



narodnik

ou "Volonté du peuple" : « Organisation politique secrète des populistes terroristes, formée en août 1879, à la suite de la scission de l'organisation populiste « Zemlia i Volia ».

SOURCE :


Ce courant incarnait la conception d'une révolution agricole considérée comme fondamentale à l'époque. Il est bien connu que la base du soutien des narodniks résidait principalement dans la classe paysanne. Ce mouvement s'était distingué par des actions de terrorisme contre le tsarisme, et s'alignait sur les perspectives de Eugen Dühring, un philosophe allemand teinté de socialisme primitif et d’antisémitisme, que Engels avait vivement critiquées. Dans les années 1880, le moral des narodniki vacilla, ces derniers perdant leur foi en la capacité de la classe paysanne à engendrer une révolution. Ils se mirent alors en quête d'une nouvelle classe sociale à mobiliser pour « usurper le pouvoir » et engendrer le « changement économique » envisagé. L'attention se porta alors sur les ouvriers urbains, une frange de la population jusque-là délaissée, les préférant ainsi aux paysans qu'ils avaient précédemment favorisés. Néanmoins, cette focalisation sur les ouvriers ne s'inspirait pas des théories marxistes, qui préconisait la conscience du rôle crucial du prolétariat, destiné à porter un coup décisif à la bourgeoisie et au capitalisme. A l'époque, une majeure partie des narodniks n'était pas convaincue de l'existence d'un véritable capitalisme ou prolétariat moderne en Russie selon les historiens. La Narodnaïa Volia s'était donnée pour mission d'être en pointe dans l'armée de libération nationale pour démanteler l'ancienne structure sociale tsariste, féodale et autocratique. Composée d'individus hétérogènes, principalement intellectuels, et de travailleurs issus du peuple, elle prenait en compte le mouvement révolutionnaire paysan défaillant. Elle devait initier des insurrections, actions conditionnées en grande partie par la disposition de l'armée et des ouvriers urbains, ces derniers devant être évalués « du point de vue de la technique insurrectionnelle », considérés comme des outils stratégiques de la « pratique de l'insurrection armée ». En 1880, le comité directeur de la Narodnaïa Volia envoyait un message à ses cellules stipulant : « L'attention du parti doit sérieusement se porter sur la population ouvrière des villes. Celle-ci, tant par sa position que par sa croissance relative, est d'une importance particulière pour la révolution. Le succès des premières offensives dépend entièrement des rapports entre les ouvriers et l'armée ». Les stratégies des narodniks concernant l'organisation et la direction de l'insurrection étaient partiellement militaires ou conspiratrices, s'inspirant des jacobins français. Georges Plekhanov, un ancien narodnik qui s'était éloigné du mouvement après avoir été marqué par la lutte autonome des ouvriers de Pétersbourg en 1878, le poussant à étudier Marx, soulignait dès 1879 que la révolution russe devait compter sur « la classe qui représente l'avenir de la Russie », c'est-à-dire les ouvriers. Plekhanov est ainsi considéré comme le guide intellectuel de


LENINE ET STALINE

qui, un peu plus tard, affirmait : « Précisément aujourd'hui, le révolutionnaire, guidé par une théorie vraiment révolutionnaire, prenant appui sur une classe vraiment révolutionnaire, qui s'éveille spontanément à l'action, peut enfin – enfin ! - se redresser de toute sa taille et déployer toutes ses forces de géant. » Source : M. Pokrovsky, Russische Geschichte von den ältesten Zeiten bis zum Jahre 1917 (Histoire de la Russie des temps les plus reculés à 1917), traduction allemande à partir d'un original russe, préface de A. Maslov, Berlin 1930, p. 266. Oeuvres complètes éditées, par les Editions sociales, Paris, et les Editions en Langues étrangères, Moscou (1966).


On touche du doigt là la philosophie de Lénine… qui est restée finalement un « narodniks » : on ne cherche pas à encourager la classe ouvrière à prendre le pouvoir, mais on s’appuie plutôt sur elle à la place des paysans  jugés inaptes, mais à satisfaire les dessins des intellectuels russes révolutionnaires professionnels… Une parenthèse est utile pour rappeler la sociologie des dirigeants bolcheviks notés par l’historien Marc Ferro dans son ouvrage « des soviets au communisme bureaucratique » qui illustre bien l’origine sociale de ces révolutionnaires de la social-démocratie russe.


MARC FERRO

 

Néanmoins des groupes marxistes s'étaient formés naturellement, sans lien avec les narodniks, et étaient influencés par la dynamique du milieu ouvrier. Ainsi  on pouvait observer l'activité d’un groupement nommé le «Travailleur » qui avait noué des liens avec Plekhanov. Ce collectif, constitué d’ouvriers de leur propre initiative, avait été séduit par la pensée marxiste, « poussé par la réalité capitaliste qui parle plus fort que toute propagande ». Une génération plus tard, se sont formées les entités « social-démocrates », représentant les ouvriers socialistes politiquement organisés. L'Union de lutte n'a pas pu être un exemple pour elles, car elle était caractérisée, « de par sa composition », majoritairement comme « une organisation d'intellectuels » bien qu'elle ait maintenu des liens solides avec le prolétariat. À l'origine, en 1897, lors d'une prise de conscience spontanée, les ouvriers s’étaient insurgés contre le contrôle de l'Union détenu par un petit groupe d'intellectuels. Ils exigèrent de jouer un rôle dans la gouvernance de l'organisation et souhaitaient voir une augmentation de la démocratie interne. Ces revendications furent rejetées par Lénine, qui argumentait, parmi d'autres points, que développer une politique spécifique pour la classe ouvrière n'était pas nécessaire. Un des participants à cette controverse a consigné ce témoignage : « Lénine s'opposait à toute forme d'organisation ouvrière autonome ; il refusait que l'on accorde un quelconque droit de contrôle propre aux ouvriers. » Source :  B. Gorev, Aus der Vergangheit der Partei (Incursions dans le passé du Parti), Russischer Staatverlag (Editions d'Etat russes); 1924. La vison autoritaire de Lénine fut vivement alors critiqué par Rosa Luxembourg mais aussi le turbulent Trotsky de l’époque qui dénonçait le « centralisme détestable » et reprochant à Lénine de remplacer la lutte des idées par des « mesures administratives ». Il y voyait dans sa « méfiance, malveillante et moralement pénible (...), une plate caricature (...) de l'intolérance tragique du jacobinisme. » « Hier encore l'intelligentsia était porteuse de la conscience socialiste, aujourd'hui on veut la faire passer par les verges de la discipline de fabrique. Et cela c'est du marxisme et de la pensée social-démocrate ! (...) Leur méthode [aux jacobins] était de guillotiner les moindres déviations [d'idées] ; la nôtre est de dépasser théoriquement et politiquement les divergences (...) Les tâches du nouveau régime sont si complexes qu'elles ne pourront être résolues que par la compétition entre différentes méthodes de construction économique et politique (...) que [par la] lutte de divers courants et des diverses tendances à l'intérieur du socialisme : courants qui ne manqueront pas d'apparaître inévitablement dès que la dictature du prolétariat posera, par dizaines, par centaines, de nouveaux problèmes insolubles à l'avance (...) Il ne fait aucun doute que tout le mouvement

international dans son ensemble serait accusé par le tribunal révolutionnaire [c'est-à-dire par les bolcheviks (N.d.A.)] de modérantisme, et la tête léonine de Marx serait la première à tomber sous le couteau de la guillotine. » « Or, un régime qui pour subsister commence par chasser les meilleurs militants dans les domaines théorique et pratique, un tel régime promet trop d'exécutions et trop peu de pain.» SOURCE  L. Trotsky, Nos tâches politiques (original russe, Genève 1904). Trad. fr de B. Fraenkel, Belfond, Paris 1970, p. 192. 10 Id. et ibid., p. 160, 187, 201-2, 189. & L. Trotsky, Rapport de la délégation sibérienne sur le deuxième congrès du parti ouvrier social-démocrate de Russie (original russe, Genève 1903). Trad. fr. de D. Authier, Spartacus, Paris 1970, p.85.

 

Selon nos lectures, dès mai 1917, avant les mots d'ordre de Lénine, les ouvriers russes exerçaient un contrôle sur la production, luttant contre les tentatives patronales de réduire ou stopper celle-ci, marquant l'émergence d'un "double pouvoir" entre le gouvernement provisoire et les soviets. Ce double pouvoir masquait en réalité le conflit entre la bourgeoisie et le prolétariat allié aux paysans pauvres. En août 1917, Trotsky observait que les soviets avaient remplacé l'autorité capitaliste par un régime républicain dans les entreprises et prévoyait un contrôle accru de l'État sur la production. Cependant, la nature de l'État qui devait instaurer ce contrôle restait incertaine. Les soviets avaient perdu leur signification politique sous la direction menchevique et social-révolutionnaire, conduisant à une impasse avec le gouvernement provisoire qui empêchait la reconstruction d'un appareil administratif traditionnel. La situation en Russie posait une alternative claire: soit les soviets prenaient le pouvoir, soit le gouvernement capitaliste devait les détruire. Le contrôle de la production par l'État ne pouvait réussir qu'en intégrant les contrôles existants exercés par les soviets. Trotsky soulignait l'importance d'une organisation centralisée du prolétariat pour diriger correctement le congrès panrusse des délégués ouvriers. Il comparait cette nécessité à la révolution française de 1848, soulignant le rôle crucial d'une théorie révolutionnaire et d'une organisation dotée d'autorité. Pour lui, seul le parti bolchevique centralisé détenait cette autorité et le parti devait donc se placer au-dessus des soviets, adoptant une posture similaire à celle des jacobins lors de la révolution française. En fin de compte, Trotsky soutenait le pouvoir du parti bolchevique au détriment du pouvoir des conseils, une position établie avant même que les bolcheviks ne prennent le pouvoir. Malgré l'auto-organisation du prolétariat en conseils, selon Trotsky, il était nécessaire que le parti bolchevique, en tant qu'avant-garde de la classe ouvrière et détentrice de la théorie révolutionnaire, prenne la direction pour assurer une révolution réussie, une perspective qui reflète la tradition jacobine de la révolution par une élite instruite agissant au nom, mais pas nécessairement avec, la base populaire. Il affirme « Les jacobins s'appuyaient sur les classes pauvres et sans propriété, dans lesquelles le prolétariat de ce temps-là, non encore cristallisé en classe, se trouvait contenu.» Le rôle de ce parti est donc conçu par Trotsky tout à fait dans la ligne jacobine.. « Seule la dictature des jacobins a conféré à la première révolution française sa signification principale, l'a marqué du sceau des grandes révolutions. Et pourtant, cette dictature, non seulement pouvait s'établir sans la bourgeoisie, mais encore ne le pouvait que contre elle (...) Il est clair que les jacobins ont fait la révolution bourgeoise sans la bourgeoisie » Et bien avec nos yeux de militants communistes du 21° siècle on peut finalement jugé que la social-démocratie russe, et en particulier les bolcheviks ont réalisé une révolution bourgeoise sans bourgeoisie…Avec l’instauration de la NEP par Lénine, et la bureaucratisation au détriment des comités d’usines nés spontanément, on le remercie chaleureusement d’avoir instaurer en Russie les prémisses du capitalisme moderne de la Russie du 21° siècle au nom du « communisme »…

 

Ceci étant, selon Marc Ferro, la bureaucratisation de la révolution russe, ne fut cependant pas de la seul responsabilité de la conception jacobine des bolcheviks. Le communisme de guerre, la réaction bourgeoise incarné par la tentative de la restauration du tsarisme par Dénikine, les nombreuses interventions étrangères ne sont pas étranger à la dégénérescence de la révolution russe en un régime stalinien. Laissons l’historien Marc FERRO décrire la situation et une double bureaucratisation par en haut et par en bas…


Source Livre de Marc FERRO des soviets au communisme bureaucratique


SUR LA BUREAUCRATISATION PAR EN HAUT ET PAR EN BAS


MARC FERRO

Nous souhaitons rappeler à la mémoire de tous qu’il y avait eu une opposition de gauche qui avait tenté de lutter contre cette bureaucratisation incarnée par l’opposition ouvrière de mais aussi par les prémisses d’un courant politique, incarné après par la gauche communiste italienne et hollandaise. Alexandra Kollontaï caractérisait la bureaucratie correctement, comme une « négation directe de l'activité autonome des masses (...) [dont on] ne peut chercher les bons et les mauvais côtés, (...) mais [dont on] doit résolument et ouvertement condamner [le] système, inutilisable pour une économie socialiste ». Et, bien avant que Trotsky, elle dénonçait : « La bureaucratie est une peste qui pénètre jusqu'à la moelle de notre Parti et des institutions soviétiques.» Source : L'Opposition Ouvrière, Editions du Seuil.

KOLLONTAI

Autres extraits saisissants de ses critiques « Mais « pour chasser la bureaucratie qui s'abrite dans les institutions soviétiques, il faut d'abord se débarrasser de la bureaucratie dans le Parti lui-même ». Pour cela il faut procéder à « l'expulsion du Parti de tous les éléments non prolétariens. » « Le Parti doit devenir un parti ouvrier. » « Les intérêts de l'Etat commencent à peser plus lourd que les intérêts des ouvriers. » Elle exige le retour au « principe de l'éligibilité des responsables »« à l’état de choses où toutes les questions importantes concernant l'activité du Parti et la politique soviétique sont soumises aux militants de base et ne sont supervisées par les leaders que par la suite. »


Autre citation utile à la réflexion de Alexandra KOLLONTAIL « La politique claire du Parti de s'identifier avec les institutions de l'Etat soviétique se transforme peu à peu en une politique de classe supérieure, ce qui n'est rien d'autre, dans son essence, qu'une adaptation de nos centres dirigeants aux intérêts divergents et inconciliables de cette population hétérogène. » Elle s'en prend avec véhémence à la croissance de l'inégalité entre le prolétariat, ce « fer de lance de la dictature », et les groupes « privilégiés » de la population de la Russie soviétique. Le travailleur des  grandes masses voit très bien comment vivent les « réalistes » et les fonctionnaires soviétiques, et comment il vit, lui, sur qui repose la dictature du prolétariat ;  « Sommes-nous vraiment le fer de lance de la dictature de classe, ou bien simplement un troupeau obéissant qui sert de soutien à ceux qui, ayant coupé tout lien avec les masses, mènent leur propre politique et construisent l'industrie sans se soucier de nos opinions et de nos capacités créatrices, sous le couvert du nom du Parti ?  »


A ce stade, nous considérons que la vision jacobine du mouvement bolcheviks que partageais à des nuances près les autres tendances de la social-démocratie russe dans sa globalité, sont une des causes de la tragédie stalinienne…Mais il y en à d’autres point épineux qui suscitent au sein du socialisme révolutionnaire d’après débat, que certains diront d’interminables… Mais, si on veut faire un travail d’enquête honnête à charge et à décharge, on doit évoquer les deux évènements que sont respectivement le traité de Traité de Brest-Litovsk et la répression des marins de Cronsdadt…


TCHEKA

Lénine, après la prise du  pouvoir, prévient que la fin de la guerre n’est pas assurée : « Le nouveau régime fera tout son possible mais nous n’affirmons pas que l’on puisse mettre fin à la guerre simplement en piquant les baïonnettes dans la terre (...) Nous ne précisons pas si nous conclurons la paix aujourd’hui ou demain. » Cette réserve est absente des rapports bolcheviks. Une déclaration appelant à une « paix immédiate, juste et démocratique sans annexion ni indemnités » est adoptée, annulant les traités secrets et promouvant la transparence des négociations.

 

Malgré la lassitude de guerre, Lénine cherche à précipiter la paix, persistant sur la paix immédiate promue par le parti bolchevik. Les soldats paysans, cependant, ne retiennent souvent que le refus des annexions, ignorant l'incitation à une guerre révoltante. Lénine se retrouvait isolé, son parti croyant indispensable la propagation de la révolution. Pour la plupart des dirigeants bolcheviks, signer une paix avec les impérialistes allemands correspondait à l’abandon du mot d’ordre de guerre révolutionnaire et à une trahison du prolétariat allemand… L’histoire a tranché avec la défaite sanguinaire de la révolution allemande incarné par l’assassinat de Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg par la social-démocratie allemande des raclures Friedrich Ebert et Noske… Les allemands avaient imposés au gouvernements des conditions plus que désastreuses : détachement des pays Baltes, indépendance de la Pologne sous contrôle allemand, indépendance de l’Ukraine sous contrôle allemand. Au Comité central, la majorité des bolcheviks était hostile à cette paix désastreuse. Lénine contre l’avis de tous déclare  :

« Notre formule d’une paix populaire était faite pour soulever les masses contre les gouvernements capitalistes et militaristes. Voulez vous donc que ce soit nous qui succombions et que les gouvernements capitalistes doivent leur victoire à notre formule révolutionnaire ? » Car le Lénine jacobin refuse de « jouer le sort de la révolution socialiste, qui a déjà commencé en Russie, simplement sur la possibilité que la révolution allemande puisse commencer dans un futur immédiat, d’ici à quelques semaines » SOURCE Lenin, « On the History of the Question of the Unfortunate Peace », Collected Works, vol. 26, p. 448.

Les anarchistes, mais aussi des communistes de gauches, des SR de gauches mais aussi la majorité du parti bolcheviks était opposée à cet accord avec l’ennemi. Lénine menaçât alors de démission en arguant qu’il ne tiendrait pas trois semaines au pouvoir si l’accord n’était pas signé… Les communistes de gauche, opposés à la signature de ce traité calamiteux et partisans de la guerre révolutionnaire, avaient avancé des arguments en faveur de leur position, qui n’était pas sans fondement. Ils avaient notamment dit que « les ouvriers et les paysans des régions du Sud,  économiquement plus d’aplomb et mieux ravitaillés en blé », étaient contre la paix. Encore une fois avec notre recul, nous défendons la thèse qu’ils avaient raison et quand bien même la révolution sociale aurait perdu une bataille…

  

Il est surprenant que le très jacobin Lénine, souvent inspiré par la Révolution française, ait négligé l'épisode de la levée en masse de 1792 où les paysans se levèrent pour défendre leurs terres contre la noblesse et l'envahisseur étranger, sans attendre une révolution internationale pour agir. Les communistes de gauche avaient une perception juste : la guerre finirait bientôt et signer un traité défavorable était une erreur. Comme Radek de l’opposition le formula en avril 1918 dans "Kommunist" : « Si la révolution russe était renversée par la contre-révolution bourgeoise, elle renaîtra de ses cendres comme un Phénix ; mais si elle perdait son caractère socialiste... ce coup aurait des conséquences dix fois plus terribles pour l’avenir de la révolution russe et internationale. » Les communistes de gauche, comme les anarchistes, considéraient que la paix séparée était une aide apportée à l’impérialisme et une trahison de la révolution internationale ; Aujourd’hui nous pensons qu’ils n’avaient pas tort ! L’histoire à tranchée ! Dévoré peut être par un égocentrisme démesuré, où bien par ses origines narodniks, par l'ambition de préserver son emprise sur le pouvoir, où par simple erreur de jugement des évènements, Lénine a sacrifié la loyauté à la classe ouvrière russe, hypothéquant gravement l'aspiration à une ère de communisme pour plusieurs siècles... Nous ne sommes pas historiens pour comprendre ses motivations mais c’est le résultat qui est déterminant dans notre position…


Encore une fois, il nous est ici impossible de restituer dans les détails les conséquences désastreuses de cette décision. Mais en raccourci, il s’en suivit une démoralisation et ce traité n’a pas empecher une reprise des hostilités des ennemis de l’extérieur. Dans un territoire réduit les bolcheviks doivent faire face à la disette, à la révolte des SR et des libéraux, Fanny Kaplan tire sur Lénine, manquant le tuer. C’est le début de la terreur…Suivit par la création de la Tchéka. En 1921, les effectifs de la Tchéka comptaient environ 250 000 hommes. Pendant les quatre premières années de son existence, la Tchéka exécuta 140 000 personnes .


La tcheka les massacreurs de la classe ouvrière et paysanne

Latzis, le dirigeant de la Tchéka, avoue lui-même près d’un million sept cent mille victimes de la terreur, parmi lesquelles de nombreux ouvriers et paysans. 

SOURCES :  Tcheka; materiaux et documents sur la terreur bolcheviste recueillis par le Bureau central du Parti socialiste revolutionnaire russe.

Répression de l’anarchie en Russie soviétique.

Paul Avrich, « The Russian anarchists and the Civil War », The Russian Review, volume 27, 1968.  G.P. Maximoff, The Guillotine At Work. The Leninist Counter-Revolution, Cienfuegos Press.

Jacques Baynac (avec Alexandre Skirda, Charles Urjewicz), La Terreur sous Lénine, Le Sagittaire, 1975.


En juillet 1918, les éléments non bolcheviks sont éliminés des soviets et, fin août, tous les partis sont interdits, bien que la démocratie soviétique eût déjà cessé d'exister. Les élections et comités ont été abolis, formant un État à parti unique. Toute opposition est vue comme ennemie de classe. Durant l'été 1918, le communisme de guerre est instauré, caractérisé par l'étatisation de l'économie et la planification centrale via un organisme de gestion économique national. Dès décembre 1918, face à une grave disette, la Russie soviétique tente d'assurer le contrôle des céréales, provoquant la révolte paysanne. Lénine réagit en mélangeant réquisitions et troc, mais l'économie reste archaïque. En industrie, l'État centralise la nationalisation dès juin 1918, limitant le pouvoir local des soviets et comités d'usine. Vers fin 1918, presque toute l'économie, sauf l'agriculture, est nationalisée. La révolte de l'armée tchèque en Sibérie a remis en question le service militaire obligatoire, la peine de mort et la formation de l'armée rouge, initialement inefficace avec une désertion élevée. Pourtant, 250 000 hommes ont été mobilisés, offrant un avantage sur les forces opposantes. La Russie s'est alors tournée vers une économie de guerre pour soutenir son armée, conduisant à la militarisation et à l'étatisation de la société.

En 1919, la situation était désastreuse, avec des soulèvements, des interventions étrangères et la rébellion des Blancs. À la fin de l'année 1918, la crise s'apaise. L'État a pu s'imposer grâce à l'effondrement économique, la disparition des classes sociales, notamment celui du prolétariat industriel, et la subsistance autonome de la paysannerie jusqu'en 1918. Seule la bureaucratie d'État reste intacte.


L'accès désormais possible aux archives russes dévoile de nouvelles données factuelles qui nous invitent à réévaluer nos perceptions des figures historiques que sont Lénine et Trotsky restitué par l’ouvrage de Baynac,


JACQUES BAYNAC LA TERREUR SOUS LENINE

Nous devons maintenant aborder l’épineuse question de la répression de la classe ouvrière et l’évènement de Kronstadt. Le sombre épisode de la révolte de Kronstadt a éclipsé d'autres révoltes ouvrières, tout aussi tragiquement réduites au silence, comme la répression sanglante de la révolte d'Astrakhan. Située à la confluence de la Volga, cette zone, fertile en céréales et riche en ressources halieutiques, était témoin de la famine de ses travailleurs qui n'avaient même pas l'autorisation de pêcher pour subvenir à leurs propres besoins. En mars 1919, ils se soulevèrent. Lorsqu'un rassemblement de 10 000 grévistes a été violemment écrasé le 10 mars 1919 par des tirs de mitrailleuse, des jets de grenades et d'obus d'artillerie lourde, Trotski réagit en exigeant une répression impitoyable dans un télégramme envoyé aux dirigeants bolcheviks locaux. « Réprimez sans pitié » À partir du 12 mars, une vague de terreur sans précédent envahit la ville. On assista à des exécutions arbitraires dans les caves des bâtiments officiels, dans les cours et même à l'acte de jeter des ouvriers ligotés dans la Volga. Le lendemain, les rues d'Astrakhan étaient jonchées de corps. Les massacres se prolongèrent encore les 13 et 14 mars. Semblant se venger des travailleurs d'Astrakhan pour toutes les autres grèves ayant eu lieu dans le pays, telles que celles de Toula, de Briansk et de Petrograd en mars 1919, les autorités persévérèrent dans cette logique de terreur. Il fallut attendre la fin du mois d'avril pour que les exécutions se raréfient, comme l'a documenté Siline dans l'ouvrage de Baynac, "La Terreur sous Lénine". La ville avait perdu bon nombre de ses travailleurs qui s'étaient échappés devant la violence, nécessitant l'envoi de cavalerie pour les rassembler de force dans les campagnes environnantes et les ramener. À leur retour, les ouvriers purent constater les dégâts, avec 2 000 de leurs collègues abattus durant la dislocation de leur rassemblement et plusieurs milliers d'autres dans le sillage répressif qui persista, ils furent obligés d'assister à l'enterrement de quarante-sept collègues caoutchoutiers qui avaient été occis dans cette même révolte.


Finalement Lénine au nom de la sauvegarde de la révolution fait un accord boiteux avec l’Allemagne impériale, car il craignait à tort ou à raison de perdre le pouvoir, pour en arriver à gérer la répression féroce de la même classe ouvrière…

Cette déclaration élogieuse à la bourgeoisie en dit long « ... je m’en réfère à la bourgeoisie : à quelle école irons-nous, si ce n’est la sienne ? Comment s’administrait-elle ? Elle s’administrait en tant que classe, du temps où elle avait le pouvoir ; mais ne nommait-elle pas de chefs ? Nous n’avons pas encore atteint leur niveau. Elle savait dominer en tant que classe et administrer par l’intermédiaire de n’importe qui, individuellement, pour son compte exclusif . » Lénine, « Discours prononcé à la séance de la fraction communiste du conseil central des syndicats de Russie », 15 mars 1920, OEuvres complètes, t. 36, p. 536.


Tout comme Trotsky, Lénine définit l’Etat ouvrier comme tel : « de la classe ouvrière, puisque l’État est un État ouvrier : « La domination de la classe ouvrière est dans la Constitution, dans le régime de propriété et dans le fait que c’est nous [sic] qui mettons les choses en train  » Nous analysons cette vision juridique de la nature de l’Etat bien éloigné de Marx…Même si ces évènements sont tragiques, nous nous accordons une pause humour noir :


Ah, quelle candeur impétueuse avait Lénine, qui, dans un éclair d'auto-critique aussi humble qu'une procession de fourmis devant une montagne de sucre, s'est découvert apprenti dans les arcanes du management digne d'un patron de chaîne de fast-food ! "C’est autre chose, dit-il, c’est une question de savoir-faire, d’habileté. La bourgeoisie le comprenait admirablement, mais nous, nous ne l’avons pas encore compris. Faisons donc notre apprentissage..." SOURCE Œuvres complètes, t. 30, 438-445. Ces mots illustrent à la perfection la soudaine révélation qui l'a frappé. Et devant cet aveu, il a semblé impensable pour lui que le socialisme puisse être une nette rupture avec les méthodes autoritaires du capitalisme, non pas en se contentant de passer le sceptre de la domination d'une main à une autre, mais bien en revoyant de fond en comble la recette.


Lénine nous explique donc que malgré le fait que les entreprises capitalistes soient souvent sous la commande d'un individu unique, cela ne change rien au statut de classe supérieure de la bourgeoisie. « La problématique de déterminer si le pouvoir doit être détenu par un seul homme ou par un groupe n'est pas liée à la question de classe, n'est-ce pas ? » Ce qui importe véritablement, c'est l'identité des gouvernants de l'État. En ce qui concerne la Russie, c'est le parti communiste qui exerce le pouvoir au nom de la classe des travailleurs. « Si l’on considère que la gouvernance collective est celle des ouvriers tandis que la gouvernance individuelle ne l’est pas, cela révèle simplement que notre conscience de classe n'est pas suffisamment développée. Qui plus est, la conscience de classe des bourgeois est visiblement plus aiguisée que la nôtre. ».

 

Nous avons choisi de mettre en avant le cas d’un ouvrier bolchevik de la première heure, de l’ouvrier

MIASNIKOV

révolutionnaire, Gabriel Ilitch Miasnikov, né le 25 février 1889 à Perm et mort fusillé le 16 novembre 1945 à Moscou, est un ouvrier bolchévik, leader de l'Opposition ouvrière. Miasnikov constituait une anomalie remarquable dans la structure de l'organisation bolchevique de Motovilikha (province de Perm). Avec son statut de membre ancien et en tant que l'un des rares leaders issus de la classe ouvrière au sein du parti, l'écart croissant du parti avec les idéaux de 1917, l'augmentation du contrôle par une oligarchie au pouvoir, la mutation des élites vers une bourgeoisie et la répression exercée par le Comité central même envers ses propres membres ont profondément affecté Miasnikov. Vers fin 1920, il a formulé son point de vue sur cette question, entrainant sa destitution et son transfert à Petrograd pour demeurer sous la vigilance du parti. C'est là qu'il assista aux frasques d'ébriété de Zinoviev et perçut la rupture totale entre le parti et la classe ouvrière. Il a alors rédigé un document destiné au Comité central auquel Lénine a répondu. Suite à la réponse de Miasnikov qui soulignait leurs désaccords, Lénine a rompu toute communication avec lui.  Devant l'échec de ses tentatives de persuasion, Lénine s'est tourné vers d'autres stratégies. Miasnikov manifestait sa désillusion dans un mémorandum tiré à 500 exemplaires réservés aux membres du parti en novembre 1921. Il y pointait du doigt le fait que « des milliers de prolétaires sont gardés en prison parce qu’ils parlent comme je le fais maintenant, et que des bourgeois ne sont pas arrêtés pour cette raison pour la simple raison qu’ils ne sont jamais concernés par ces questions ? »

 

SOURCE Voir Maximoff, The Guillotine at work, chapitre 11. Également: « Bolshevik opposition to Lenin: G. T. Miasnikov and the Workers’ Group », Paul Avrich, RUSSIAN REVIEW, Vol. 43, 1984 pp. 1-29.

 

Il observait également le détachement croissant des ouvriers envers le parti, visible à travers divers incidents du quotidien. Ces détails incluaient des actes tels que l’expulsion de militants communistes des réunions ouvrières ou les changements de conversation quand un membre du parti s'approchait. Face à ce comportement, Miasnikov interrogeait Lénine : « Pourquoi font-ils cela ? (...) La classe ouvrière pénalise le parti parce que les méthodes employées par le parti en 1918-1920 contre la bourgeoisie sont maintenant utilisées contre la classe ouvrière. Cela ne peut pas durer. »

 

Il critiquait également l’attitude servile prévalant dans le parti où toute divergence d'opinion était raillée : « Si un militant de base du parti a sa propre opinion, on le considère comme un hérétique et les gens se moquent de lui en disant : “Est-ce que Ilyich [Lénine] n’aurait pas eu la même idée si elle était réalisable ? Tu te crois très malin, hein ? tu veux être le plus malin de tous ? Ha ha ha ! Tu veux être plus malin qu’Ilyich !” Telle est “l’argumentation” typique de l’honorable fraternité communiste. »

 

Dans sa lettre à Lénine, il exprimait aussi son amertume face à la « désintégration et à l'ivrognerie des couches supérieures du parti », précisant que les actions dirigées contre la bourgeoisie finissaient par impacter les ouvriers : « Encore une fois je le dis, vous levez la main contre la bourgeoisie, mais c’est moi qui crache le sang, et c’est nous, les travailleurs, dont on brise les mâchoires ».

 

L’affirmation de l’historien Simon Pirani relevé par Eric Aunoble dans sa préface prend alors ici tout son sens « Au sommet, l’élite du parti constituait un noyau autour duquel la nouvelle classe dirigeante soviétique prenait forme, accumulant pouvoir politique et privilèges matériels ». Simon Pirani est chercheur et auteur du livre « La Révolution bat en retraite - La nouvelle aristocratie communiste et les ouvriers (Russie, 1920-24) - Simon Pirani

 

Nous avons relevé dans nos lectures que au commencement de la révolution, les rangs des bolcheviks sont clairsemés. Cependant, leur organisation se distingue par sa supériorité, structurée en cellules prêtes à l'action politique, en particulier dans les agglomérations importantes. Bien que leur structuration sur le territoire russe soit initialement précaire et beaucoup reste à édifier, le nombre de leurs partisans s'étoffe rapidement. Ce phénomène inclut les travailleurs des manufactures de Saint-Pétersbourg et de Moscou, ainsi que les membres de certaines factions militaires au front et les marins de Kronstadt. Malgré cette expansion soutenue des effectifs du parti, la qualité de l'engagement révolutionnaire des nouveaux membres s'en trouve diluée. En effet, parmi eux, on note la présence grandissante d'opportunistes, d'individus en quête de positions avantageuses ainsi que de fonctionnaires et militaires issus de l'ancien appareil d'État. Cela a aussi été relevé par Marc FERRO dans son étude sur la bureaucratisation par en bas de la révolution russe, qui n’est donc pas de la seule responsabilité de la direction bolchevik et des choix politique de Lénine.


ACCORDONS NOUS UNE PAUSE HUMOUR ET UNE TASSE DE THE A 1H00 DU MATIN


si on veut décrocher la palme du juste milieu, on n’oublie pas de servir la soupe de l’Histoire avec la cuillère de la sincérité, et non avec une louche percée ! Réécrire le passé, c’est comme essayer de faire un selfie avec la Joconde en cachant son sourire : tout le monde voit bien que quelque chose cloche! Contrairement à la mythologie des sectes léninienne et trotskienne, jusqu’en 1918 le parti bolcheviks n’était pas monolithique. « Ni Lénine ni le Comité central ne pouvaient commander à ce parti, et nous savons toutes les difficultés de Lénine avec le Comité central, les conflits politiques, le manque de cohérence à l’intérieur du parti jusqu’à l’été 1918 ». Le parti « n’a pas encore la structure monolithique que nous associons à l’idée d’un parti léniniste, et le fait n’est pas étonnant, car il était impossible de construire en quelques mois un appareil de parti dans les conditions d’anarchie qui régnaient à cette époque-là. Le groupe qui a pris le pouvoir en octobre 1917 n’était donc ni homogène ni organisé, incapable de gouverner : il n’avait pas les structures nécessaires. De plus, ce parti n’était pas unifié par une idée politique, les faits de 1917 et des premiers mois de 1918 le démontrent à

l’évidence . » SOURCE Martin Malia, Comprendre la révolution russe, Points Seuil.

 

Après avoir naïvement gobé les écrits de Trotsky comme des bonbons révolutionnaires, j'imaginais le parti léniniste aussi uniforme qu'une parade militaire; mais il semble qu'entre les lignes de son "Histoire de la Révolution Russe," Trotsky ait omis quelques cocasseries transformant Lénine et lui-même en deux étonnants, tentant une harmonie de dernière minute avant le grand final de l'insurrection d'Octobre…


Le groupement en charge des relations avec la garnison, que Trotski valorise particulièrement dans son œuvre, souffre d'un déficit d'organisation flagrant. Lénine lui-même semblait être dépourvu d'une vision claire pour le gouvernement. Suite à la révolution d'Octobre, le pouvoir échappe aux mains des bolcheviks ; un désordre généralisé s'est instauré. Initialement, l'exécutif nouvellement formé s'est limité à émettre des décrets purement symboliques, ce que Lénine même a admis en déclarant qu'ils ne servaient qu'à "une fonction de propagande". Les bolcheviks se sont retrouvés quasiment désemparés ; leur accession au pouvoir n'a pas entraîné les changements espérés. L'application des politiques communistes a été imposée par la force, et non par l'engagement des ouvriers et des paysans dans une vision partagée. Chaque crise traversée par cette société en proie à la désintégration a débouché sur un accroissement de la répression, avec pour instrument la Tchéka, établie deux mois seulement après leur montée au pouvoir. Avec chaque nouvelle crise, le gouvernement durcit son emprise tandis que la dissolution sociale s'accentue. La révolution d'Octobre se révèle être un coup d'État au sein même de la révolution, orchestré par une minorité résolue et encore réduite aux deux acolytes Lénine et Trotsky… Leur réussite n'a été rendue possible qu'en raison de l'effondrement de l'ensemble des forces politiques de l'époque, la fragmentation de la société civile et la capacité de quelques dirigeants à reléguer les objectifs réels de leur parti en faveur de l'exploitation des revendications populaires. L'histoire post-Octobre est marquée par des tentatives désespérées des bolcheviks de s'accrocher au pouvoir à tout prix, cherchant à en conserver l'exclusivité. C'est le combat d'une machine politique qui s'est métamorphosée en un appareil de terreur vis-à-vis de la société civile dans son intégralité, mais surtout et c’est là le pire : toutes les tendances communistes et anarchistes oppositionnelles. Certain analyseront le coup d'État d'Octobre, advenu à la veille du IIᵉ congrès panrusse des soviets, comme le symbole du "Thermidor" de la révolution russe. Nous, qui adoptons la perspective solennelle de militants révolutionnaires, estimons que le Thermidor de la Révolution russe fut consommé lorsque Lénine consentit aux termes de la capitulation à Brest-Litovsk. Il est indéfendable de blâmer les révolutionnaires pour avoir cherché à exploiter les circonstances d'une ère troublée dans l'objectif de subtiliser le pouvoir des emprises de la réaction bourgeoise. C'est ici que nous transcendons les confins de l'investigation historique pour embrasser une prise de position politique. ll est préférable d'accepter une défaite dans une bataille que de compromettre l'ensemble de la guerre par une victoire à la Pyrrhus, dont le coût serait tel qu'il annihilerait toute chance de succès ultime. C’est dans cette affaire la position actuelle de PLATEFORMEJAUNE. L'histoire a rendu son verdict : cette capitulation a engendré un siècle de stalinisme, jalonné de massacres qui ont entaché l'essence même du communisme et qui continuent de nourrir l'anticommunisme parmi les masses. Certaines de ces dernières se voient ainsi attirées par des idéologies réactionnaires religieuses, telles que l'islam – la foi des Bédouins du 7ème siècle – tandis que d'autres plongent en masse dans les croyances de la mythologie évangélique chrétienne. Ce que nous pouvons critiquer à Lénine surtout que Lénine voyait dans l'instauration d'un capitalisme d'État au sein de la Russie un avancement par rapport aux conditions précédentes. Cela aurait été vrai à condition que ce capitalisme fût sous contrôle, officiellement par la classe ouvrière : sa conception jacobine du parti qui avait pris pour lui le monopole de la représentation de cette classe est la cause non pas de la dégénérescence d’un Etat ouvrier qui n’a jamais existé, mais celui de la dégénérescence d’une révolution socialiste saboté par ce dernier.  Ce qui est saisissant c’est que pour Lénine, le modèle de structure de gestion évoqué était celui du service postal allemand, appliqué à l'ensemble de la société. « Un spirituel social-démocrate allemand des années 70 a dit de la poste qu’elle était un modèle d’entreprise socialiste. Rien n’est plus juste. La poste est actuellement une entreprise organisée sur le modèle du monopole capitaliste d’État. » Il est certain que la débâcle du « communisme », sur laquelle surfent les idéologues bourgeois depuis un siècle mérite une critique de bon aloi... La séquence historique s’étendant de la prise du pouvoir par les Bolchéviks jusqu'à la transition du pouvoir à Eltsine ne représentait en somme qu'un cheminement vers le capitalisme d’une société semi-féodale…


Finalement on peut noter que toute l’histoire entière de la révolution russe révèle que le parti Bolchevique n'a réussi à rester au pouvoir qu'en se mouvant avec le flot révolutionnaire et en mettant en œuvre des stratégies qui allaient constamment à l'encontre de ses propres principes et idées théoriques avancés. Cette fixation obsessionnelle sur le rôle de leader du parti et sur la suppression des structures de classe du prolétariat s’est manifesté aussi et c’est central par le sabotage des comités d’usines et l’éviction des éléments ouvriers et communistes de l’organisme de gestion de l’économie dont la dénomination en langue anglaise est « Supreme Board of the National Economy, Superior Board of the People's Economy », le VSNKh


Nos références sur cet aspect est l’étude réalisée par Maurice Brinton, Les Bolchéviques et le contrôle ouvrier (1917-1921). L’État et la contre-révolution (The Bolsheviks and Workers Control. 1917-1921. The State and Counter-revolution), Paris, Les Nuits rouges, 2016 (1970 pour l’édition originale, 1973 pour la première édition française) ainsi que le livre de Marc Ferro

 

Nous vous publions des copies d’écran d’un extrait sur les comités d’usine du livre de Marc Ferro  DES SOVIETS AU COMMUNISME BUREAUCRATIQUE

 

VOICI DES CAPTURES D ECRAN LIVRE DES SOVIETS AU COMMUNISME BUREAUCRATIQUE SUR CE QU ETAIENT LES COMITES D USINE QUI S’ETAIENT CREE MASSIVEMENT…

 


MARC FERRO

MARC FERRO


  • Le sabotage sur les comités d'usine s'est réalisé donc par diverses phases :

  • La mise sous tutelle des comités d'usine par le conseil panrusse de contrôle ouvrier, qui était en même temps influencé par le parti ;

  • L'intégration du conseil panrusse de contrôle ouvrier dans la Vesenka, dont les délégués étaient désignés par le gouvernement ;

  • L'éviction de la direction des communistes de gauche et des anarchistes de la Vesenka ;

  • Et pour finir, on a aboli l’impact des syndicats dans la Vesenka en positionnant des fonctionnaires syndicaux choisis.

« A chacune de ces étapes, il allait y avoir une résistance, mais chacune des batailles allait être perdue. Chaque fois, l’adversaire se présenta sous les couleurs du nouveau pouvoir “prolétarien”. Et chaque défaite rendit de plus en plus difficile la gestion directe de la production par les travailleurs eux-mêmes, c’est-à-dire la transformation fondamentale des rapports de production  » SOURCE Maurice BRITON.


Certains soutiendront que si la classe ouvrière a été vaincue dans cette lutte, c'est parce qu'elle n'était pas suffisamment préparée à contrôler son propre destin. Ce commentaire est valide dans une perspective bourgeoise de la révolution, mais ne l'est pas d'un point de vue révolutionnaire. Il n'a jamais été question de réfuter l'importance d'une structure révolutionnaire, dont le rôle est de garantir, encourager et stimuler les initiatives populaires plutôt que de les briser. L'échec naturel du prolétariat ne vient pas d'une incapacité intrinsèque mais du fait que le groupe supposé appuyer celui-ci a agi pour le saboter. Cette conclusion n'implique pas une réprobation intrinsèque des organisations révolutionnaires mais d’une critique de la politique menée par le parti Bolchevik.

Selon Lénine : "la classe ouvrière ne doit pas seulement être une classe agissante, mais une classe qui se conduit elle-même". SOURCE Lénine, « Les tâches immédiates du pouvoir des soviets », OEuvres complètes, t. 27, pp. 286-287, Pravda, 28 avril 1918.


Cependant, cette autogestion n'est pas envisagée pour la classe dans son ensemble mais uniquement pour son élément précurseur. Ce dernier ne provient pas naturellement des rangs ouvriers, mais plutôt du mouvement intellectuel, éloignant définitivement les travailleurs les plus talentueux de l'atelier pour mieux les intégrer. Pour Trotsky, le bolchevisme est assimilé à un processus éducatif qui vise un résultat politique précis : "une organisation de l'avant-garde prolétarienne qui lui permette de prendre le pouvoir par les armes". Cette élite ouvrière, particulièrement le Parti, a pour mission ultime d'orchestrer un soulèvement armé, où le comité directeur doit être apte à choisir le moment opportun pour l'insurrection et à en prendre le commandement. Le dessein du parti réside incontestablement dans la conquête du pouvoir afin d'opérer une métamorphose sociale. Finalement, les deux compères réactivent la vieille doctrine Narodnaïa Volia  "Tout pour le peuple par une partie du peuple !" (slogan des Narodovoltsi en contraste avec celui des narodniks d'antan : "Tout pour le peuple et par le peuple !"), tout en reprenant l'idée antique qu'une entité révolutionnaire doit "usurper le pouvoir" pour instaurer "un renversement économique". En opposition totale avec Marx et Engels préconisait la prise de pouvoir étatique uniquement afin de balayer un rempart du capitalisme et de délier la société de ses ultimes restrictions…. Finalement la nécessaire dictature du prolétariat pour vaincre les forces de la réaction bourgeoises a été détourné par une dictature contre le prolétariat par une « partie du peuple »… pour accomplir les tâches d’une révolution bourgeoise et construire le monde merveilleux stalinien dont nous subissons aujourd’hui les conséquences très lourdes.


SUR LA NOTION DE L’ETAT OUVRIER DEGENERE DE LEON TROSKY.

 

Nous allons maintenant aborder la très célèbre conception trotskiste de l’etat ouvrier déformé, si tant est qu’un etat ouvrier a réellement existé en Russie au vu du sabotage en règle par Lénine de l’émergence d’un pouvoir ouvrier au vu de notre état des lieux…

La définition de l'État soviétique selon Trotsky et la notion d'État ouvrier dégénéré sont des concepts clés pour com


TROTSKY LA REVOLUTION PERMANENTE

prendre l'analyse trotskyste de l'URSS, en particulier après la montée au pouvoir de Staline. Selon lui, la Révolution d'Octobre aurait abouti à la création d'un État ouvrier basé sur les conseils ouvriers (soviets) et la nationalisation des moyens de production. Cependant, au fil du temps, sous l'influence du stalinisme, l'État aurait perdu son caractère démocratique prolétarien et subi un processus de dégénérescence bureaucratique.

Dans son œuvre "La Révolution trahie" (1936), Trotsky décrit ce phénomène en disant : "La bureaucratie a confisqué le pouvoir des mains des masses ouvrières, a élevé elle-même au-dessus de la nouvelle société, et impose maintenant à la classe ouvrière les plus lourdes privations au profit de sa propre caste." — Léon Trotsky, "La Révolution trahie", 1936.

Or la conception de Trotsky d'une "caste privilégiée" diffère fondamentalement de la théorie des classes sociales de Marx en plusieurs points:

Nature de la division sociale:


Marx vise une division basée sur les relations de production, c'est-à-dire le rapport entre les propriétaires des moyens de production (bourgeoisie) et les travailleurs (prolétariat). Pour Marx, la classe sociale est définie principalement par le rôle de ses membres dans le système économique et par leur relation à la propriété des moyens de production. Trotsky parle d'une caste bureaucratique au sein d'un état qui était censé être une dictature du prolétariat. Il arguait que bien que les moyens de production fussent nationalisés, une élite bureaucratique avait émergé, exerçant un contrôle et des privilèges similaires à ceux d'une classe possédante, mais sans la propriété privée des moyens de production.


Origine et fonction: bureaucratie caste où classe sociale?


Marx considère les classes comme le résultat inévitable des modes de production capitaliste. Les classes sont dynamiques et leur lutte est le moteur de l'histoire et du changement social. Trotsky identifie la bureaucratisation comme un phénomène essentiellement politique et administratif qui survient dans le contexte spécifique de l'URSS post-révolutionnaire. La caste par Trotsky est vue comme une couche sociale qui s'est cristallisée à partir de l'appareil d'état, se dissociant des masses travaillantes qu’elle était censée représenter. Trotsky a donc décrit la bureaucratie en URSS comme une "caste" ayant des privilèges spéciaux. Marx, dans "Le Capital" aborde de façon systématique les mécanismes d'exploitation et d'aliénation au travail propres au mode de production capitaliste. Bien qu'il n'ait pas directement traité de la bureaucratie soviétique, ses réflexions éclairent la compréhension des formes que peut prendre l'exploitation, y compris quand les moyens de production sont collectivisés mais que le pouvoir reste concentré entre les mains d'une élite. Les systèmes de profit, d'aliénation et les classes sociales façonnent les rapports de production, que les propriétaires soient privés ou que la propriété soit collective.

A ce stade il faut faire une clarification sur la distinction entre un bureaucrate et un "apparatchik" dans  le contexte de l'URSS. Le terme "bureaucratie" dans ce contexte fait référence à une couche dirigeante de fonctionnaires qui ont acquis un statut particulier, par contraste avec la situation d'un bureaucrate typique qui est simplement un employé de l'administration publique . En URSS, la bureaucratie évoquée par Trotsky a été caractérisée par des privilèges qui incluaient notamment l’accès à des produits déficitaires grâce à des magasins spéciaux (les "magasins de distribution"), des appartements plus spacieux, des datchas (maisons de campagne), des voitures de fonction, des systèmes de santé et d'éducation réservés, ainsi que


SYSTEME DE CASTES EN INDE
SYSTEME DE CASTES EN INDE

des vacances dans des stations balnéaires inaccessible au travailleur moyen. Par contraste, le système de castes en Inde, bien que différent dans son principe et son origine, instaure également des inégalités profondes. Enraciné dans l’Hindouisme et les traditions anciennes, le système divise la société en plusieurs groupes héréditaires, où la caste supérieure (les Brahmanes) jouit de privilèges économiques, sociaux et culturels, tandis que les autres castes sont hiérarchiquement organisées. Les Dalits, ou "intouchables", se retrouvent au bas de cette hiérarchie, souvent victimes de discrimination et d'exclusion. Ce système est accompagné de restrictions strictes sur le mariage et les interactions sociales entre les castes, ainsi que sur les professions et les rôles économiques qui sont souvent déterminés par l'appartenance à une caste particulière.


Sur la notion de propriété


La propriété étatique, pour Marx, était une phase dans la transition vers le communisme, mais elle n'annulait pas en soi la nécessité d'éliminer les classes sociales et les rapports d'exploitation. La condition soviétique avec sa bureaucratie n'était pas alignée sur les visées d'un socialisme fondé sur l'abolition des privilèges de classe et l'instauration d'une réelle démocratie économique.

Pour une étude approfondie des mécanismes d'exploitation et les structures de classes, le "Capital" de Marx reste la référence essentielle. En particulier, le premier volume fournit un aperçu de la plus-value, la nature de l'exploitation sous le capitalisme, et les fondements de la lutte des classes, des notions clés pour déchiffrer les dynamiques de pouvoir au sein de toute économie organisée autour de la production collective ou étatique.


Permanence et changement:

Marx postule que la lutte des classes conduira inévitablement à l'abolition des classes par l'instauration d'une société communiste sans classes. Trotsky reconnaît une dégénérescence possible du socialisme où, au lieu de la disparition des classes, une nouvelle hiérarchie (la caste) peut se solidifier si la démocratie ouvrière n'est pas maintenue et étendue. Vous avez le droit de rire pour un type qui a participé au sabotage en règle des comités d’usine, des soviets et faits massacrés des ouvriers en grève…



PAUSE HUMOUR ET BOL DE CHOCOLAT A 3 H DU MATIN


Finalement, la vision trotskienne de l'État semble être passée par le bureau d'un avocat un peu trop optimiste : dès que l'État met la main sur les manettes de la production et monopolise le bazar commercial, hop, c'est baptisé un "État ouvrier", même si le travail salarié, les inégalités sociales, une dictature d'usine et une dictature de pleine puissance continuent de faire la fête comme si de rien n'était. Mais zut, apparemment, la répression contre les cols bleus est aussi sur la liste des invités ! Franchement, ça ressemble plus à une vision de l'État vue à travers des lunettes roses posées sur un échiquier imaginaire qu'à la bonne vieille méthode du matérialisme dialectique façon Marx.

 

Redevons sérieux… On peut s’intéresser sans pour autant devenir un « bordiguiste » inconditionnel, ce que nous ne sommes pas à l’analyse de Amadeo BORDIGA, dirigeant révolutionnaire et théoricien marxiste italien du XXᵉ siècle. Il fut l’un des fondateurs du Parti communiste d'Italie , qui contrairement à Trotsky, considérait que  l'URSS ne pouvait même plus être considérée comme un État ouvrier de quelque nature que ce soit. Selon lui, c'était devenu une société capitaliste d’État, où l'État lui-même agissait comme le seul capitaliste. Bordiga rejetait l'idée que l'URSS avait quelque chose à voir avec le socialisme ou le marxisme. Il pense que l'existence de planification centralisée, la gestion par l'État, et le travail salarié suffisaient pour définir la nature capitaliste de l'État.  Bordiga interprétait la centralisation du pouvoir et l'autoritarisme comme des éléments inhérents non pas à la bureaucratie mais à la nature capitaliste de l'État soviétique lui-même, en contraste avec la perspective de Trotsky selon laquelle la centralisation était un résultat de la corruption et de la dégénérescence au sein d'une structure qui était fondamentalement ouvrière à l'origine. Bordiga a insisté sur le fait que le parti devrait être une expression pure du prolétariat et non un élément dominant au-dessus de lui, réaffirmant ainsi la conception marxiste de la dictature du prolétariat comme domination de la classe ouvrière et non d'un parti ou d'une élite. Pour examiner plus en avant les écrits de Bordiga, il faut se tourner vers des documents tels que ceux publiés dans "Il Soviet" (le journal du Parti Communiste d’Italie sous la direction de Bordiga) et les écrits postérieurs réunis parmi lesquels se trouvent des commentaires critiques sur l'évolution de la Russie bolchevique. Les travaux ultérieurs de Bordiga qui continuent d'influencer les débats sur l'URSS incluent notamment :


  • "Dialogato con Stalin" (1953) : où Bordiga critique le modèle soviétique de production vu comme une variante du capitalisme.

  • Son analyse de la période économique de transition vers le communisme, où il conteste l'idée que l'Union Soviétique y était parvenue.

Ces textes sont souvent difficiles à trouver et pas toujours traduits depuis l'italien, mais ils sont essentiels pour comprendre la pensée de Bordiga sur ces questions. La collection offre une introduction à sa pensée, et des chercheurs comme  ont compilé et analysé ses travaux dans "The Italian Communist Left: A Contribution to the History of the Communist Movement." En résumé, Bordiga interprétait l'URSS comme ayant abandonné les principes fondamentaux du communisme dès ses débuts, en instaurant des relations de production qu'il considérait comme étant essentiellement capitaliste, malgré l'absence de propriété privée caractéristique du capitalisme traditionnel. Bordiga croyait que l'émergence d'une nouvelle élite dirigeante en URSS signalait la création d'un nouveau type de capitalisme, qu'il a qualifié de "capitalisme d'État".


AMADEO BORDIGA

Cela impliquait non seulement un rejet de la direction stalinienne de l'État soviétique, mais également une critique fondamentale de la notion que l'État pouvait servir d'agent pour les changements socialistes, position qui avait de fortes résonances avec certains aspects de la pensée anarchiste, notamment la méfiance envers l'autorité et la centralisation étatique. Ainsi, Bordiga rappelait à certains égards l'évaluation que Marx et Engels avaient elle-même de la Commune de Paris en 1871, comme un modèle de gouvernement de classe infiniment plus démocratique et moins bureaucratique que l'État capitaliste. ans son texte "Parti et classe", Bordiga dit :

"La dictature du prolétariat, c’est le prolétariat lui-même, une classe devenant dirigeante et dominante, en réalisant l’ensemble de son programme révolutionnaire. [...] elle ne peut être exercée par un Parti ni par une minorité."

Ici, Bordiga souligne que la dictature du prolétariat ne peut être exercée par un parti ou une minorité, mais doit être un exercice collectif du prolétariat lui-même en tant que classe.

Plus loin dans le même texte, il précise :

"Il est évident que le Parti ne saurait être un organe de gouvernement, dans le sens actuel."

Bordiga indique ici que le parti ne doit pas se transformer en organe de gouvernement au sens traditionnel, ce qui pourrait impliquer une domination sur la classe ouvrière. Et encore dans "Parti et classe" : "L’erreur est de croire que la dictature doit être l’œuvre du Parti seul, alors qu’elle doit être celle de toute la classe."

Cette citation réaffirme l'idée selon laquelle le parti ne peut pas être le seul artisan de la dictature du prolétariat ; au contraire, c'est une tâche qui doit être portée par l'ensemble de la classe ouvrière.

 

Ces citations montrent que Bordiga était en effet attaché à l'idée que le parti, en tant qu'organisation de direction politique, ne devrait pas éclipser ou supplanter la classe ouvrière elle-même, qui doit être le vecteur et l'exécutant de sa propre dictature révolutionnaire. Certainement, examinons d'autres citations de Bordiga sur la primauté de la classe ouvrière par rapport au parti dans la dictature du prolétariat :


"Le Parti ne peut et ne doit pas assumer, dans le régime de dictature, d'autres fonctions gouvernementales que celles qui consistent à se conformer à la nature de l'appareil gouvernemental qui réalise le programme prolétarien, et qui dépend de la relation entre les forces et du rapport entre le Parti et la classe."


Ici, Bordiga met en lumière que le parti peut exercer des fonctions gouvernementales sous la dictature du prolétariat, mais ces fonctions doivent être conformes au programme prolétarien et dépendre de l'interaction dynamique entre le parti et la classe ouvrière.


Toujours dans le même texte :

"C’est par le Parti que la classe prend conscience de ses propres conditions historiques d'existence et d'action, et que la conscience et la volonté de millions d'hommes se traduisent en mouvement ordonné et simultané pour des buts précis."

Bordiga voit le parti comme l'instrument qui aide la classe à se conscientiser et à agir de manière unie et coordonnée, sans pour autant substituer la volonté du parti à celle de la classe.

En explorant la relation directionnelle du parti :


"La prise du pouvoir suprême et unique ne signifie pas que le prolétariat comme classe renonce à l'action et la confie intégralement au Parti, mais cela signifie que le Parti est l'élément qui, en cette occasion comme en toutes les autres, donne à la volonté de la classe sa plus grande puissance réalisation."


Bordiga éclaire ici que bien que le parti joue un rôle crucial dans la concrétisation de la volonté de la classe ouvrière, cela n'implique pas que la classe abandonne son action propre ou sa capacité à se diriger elle-même.


Les citations présentées démontrent que Bordiga envisageait le parti communiste comme un outil crucial pour la convergence et l'expression de la volonté collective de la classe ouvrière, mais il n'admettait pas que le parti prenne en charge le processus révolutionnaire de manière autoritaire ou qu'il remplace la direction collective de la classe elle-même. Pour lui, la dictature du prolétariat devait être l'exercice démocratique et direct du pouvoir par la classe ouvrière dans son ensemble, avec le parti facilitant et dirigeant cette volonté collective plutôt que de gouverner à la place de la classe. Dans un détournement tragique de leur propre discours révolutionnaire, Lénine et Trotsky, ont érigé, dès 1917, les structures d'un état qui étouffaient la démocratie prolétarienne en gestation. Ils réprimèrent avec une rigueur impitoyable les soviets et les comités d'usine, ces embryons de l'autogestion ouvrière, subordonnant ainsi le projet de gouvernance par la classe travailleuse à la suprématie sans partage d'un parti unique. 




MARX ENGELS IDEOLOGIE ALLEMANDE

Les références de Marx et Engels sur la définition de l'état se retrouvent principalement dans leurs œuvres "L'Idéologie allemande" (1845), "Le Manifeste du Parti communiste" (1848) et "L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'État" (1884, Engels). Dans ces textes, ils définissent l'état comme le produit et la manifestation du conflit irréductible des intérêts de classe ; essentiellement, un organe de domination de classe, un comité pour gérer les affaires communes de toute la bourgeoisie. Selon eux, la disparition des classes signifierait aussi la disparition de l'état en tant que tel. La vision de Marx et d'Engels de l'état s'inscrit dans une perspective historique, où les institutions étatiques évoluent en fonction des relations de production et des rapports de force de classe. Pour eux, chaque forme d'état a caractérisé jusqu'à présent les sociétés divisées en classes et la disparition de l'état en tant qu’instrument de classe se produit à travers le processus de la révolution socialiste qui crée les conditions de la société communiste, sans classes. La divergence fondamentale entre Trotsky et Marx/Engels réside ainsi dans leur approche de la gestion du pouvoir d'état dans la période post-révolutionnaire, Trotsky étant plus incliné vers un régime de révolution permanente dirigé par un parti unique tandis que Marx et Engels envisageaient ultimement une auto-administration des producteurs sans intervention d'un état au sens traditionnel..


Marx et Engels eux-mêmes, dans leur correspondance et leurs écrits ultérieurs, ont reconnu que leurs conceptions pouvaient être modifiées en fonction de l’évolution historique des sociétés, insistant sur la non-fixité des théories et l'adaptabilité nécessaire à la compréhension des dynamiques sociales. La question de l'état reste donc l'un des débats les plus complexes et évolutifs, il faut le reconnaitre... L'état, chez Marx et Engels, représente donc non seulement l'instrument de domination d'une classe par une autre, mais il est aussi destiné à s'éteindre à mesure que les contradictions de classe se résolvent au sein d'une société communiste. Cette vision dialectique implique une superstructure étatique qui n'est pas autonome par rapport à la base économique et sociale, mais qui est historiquement conditionnée et en constante évolution. La flexibilité de la pensée marxiste sur l'état est une témoignage de son caractère inachevé et dialectique. Marx et Engels ont souvent émis l'idée que leurs propositions devraient être révisées et adaptées à la lumière de nouvelles expériences historiques.


En fin de compte, les discussions sur la nature et le rôle de l'état dans la transition vers le communisme demeurent un sujet essentiel pour les marxistes. Pour Marx et Engels, l'état, loin d'être une entité fixe ou éternelle, est un produit de relations sociales historiquement déterminées. Dans une société sans classes, l'état, tel qu'il existe dans les sociétés capitalistes et même dans la période de transition socialiste, nommée "dictature du prolétariat", perdrait sa raison d'être et disparaîtrait progressivement, céderait la place à une organisation communautaire de la vie sociale, ce qu'ils appellent la "commune", dans laquelle l'auto-administration des individus prendrait le dessus.


La doxa des organisations trotsko-staliniennes traditionnelle de la Révolution russe suit une ligne léniniste orthodoxe, imputant l'échec de la révolution à des éléments extérieurs tels que le caractère de Staline, l'invasion des Armées blanches ou la non-survenue de révolutions dans les pays occidentaux. Ce point de vue évite de remettre en question l'idéologie bolchevique elle-même, préférant pointer du doigt des facteurs externes plutôt que de s'interroger sur les systèmes et les relations internes au sein du capitalisme, comparant implicitement cette omission à la manière dont on pourrait accuser les personnalités des banquiers pour les failles systémiques de Wall Street plutôt que de critiquer le capitalisme en tant que tel.


Cependant, une analyse plus nuancée des dynamiques de pouvoir au sein de la Révolution russe démontre une ressemblance entre Lénine, Trotsky et Staline qui va au-delà de leur présentation habituelle. Ils partageaient tous un recours au "faux dilemme", une réaction défensive extrême où tout critique était aussitôt étiqueté comme aidant l'ennemi capitaliste, soit passivement, soit activement. Cette sorte de pensée a contribué à une ligne continue depuis la Révolution bolchevique jusqu'aux purges de Staline, en passant par la diabolisation des ennemis politiques. Et nous l’avons démontré, le projet politique de Lénine était il pas plus de réaliser une révolution bourgeoise sans bourgeoisie et le pire au nom du communisme…


LENINE ET STALINE

Le raisonnement selon lequel la moindre remise en question du Parti bolchevique serait une victoire pour les ennemis du socialisme a créé un environnement toxique où seul l'écho des idées acceptées était admis, reléguant les dissidents au rang d'ennemis comme si leurs critiques étaient équivalentes aux actions des militaires tsaristes ou des oligarques du capitalisme. Cette situation a permis par la suite de justifier la dénonciation des adversaires en utilisant des termes tels que "terroristes trotskistes contre-révolutionnaires" ou "gauchistes infantiles", en assimilant toute divergence d'opinion à un amateurisme politique. Ironie de l’histoire quand on découvre aujourd’hui que Trotsky a été complice des saloperies que nous avons plus haut évoqué. Nous devons là avoir une larme émue à toutes les générations de militants trotskyses du passé à nos jours qui ont cru avoir été trahi par Staline après avoir été séduit par  la façade cosmétique la « révolution trahie »…


TROTSKY ET LENINE

La religion léninienne-trotskienne est un frein puissant au dépassement communiste de la société et se doit d’être démasqué sans état d’âme. Cela freine les initiatives de renouveau du socialiste révolutionnaire en s'appuyant sur des dogmes idéologiques vieillissants, tout en renforçant l'idée que l'État peut être un outil neutre de pouvoir, variant dans sa répression selon les idéologues qui dirigent, plutôt que d'être intrinsèquement un instrument de domination de classe. Le socialisme révolutionnaire doit évoluer et apprendre de son histoire, reconnaître ses erreurs pour se reconstruire. Si l'on refuse d'accepter les leçons de l'histoire, même désagréables, il est impossible de progresser.


CONCLUSION ET PAUSE CAFE ET HUMOUR A 5H00 DU MATIN


Nous souhaitons conclure cette fastidieuse critique de la religion léninienne trotskienne issu tout droit du mouvement russe narodnik…qui s’est approprié le marxisme pour le salir durablement…Charge à nous de remonter la pente et de faire le grand ménage… Ah, la grande interrogation des fins gourmets de la révolution, un mystère plus intrigant que de savoir qui a mangé le dernier morceau de camembert ! Il faut se rendre à l'évidence : la révolution drive-thru de demain ne nous donnera pas le même menu que celui servi lors des soirées russes. Et voilà que PLATEFORMEJAUNE, le nouveau guide suprême de l’humanité, grand chef étoilé de la pensée révolutionnaire, vous rappelle que pour réussir la recette du socialisme, il faut ces ingrédients essentiels : un instinct révolutionnaire bien affûté, une volonté collective qui monte en neige, et une petite organisation maison des travailleurs, et surtout ne faire confiance à personne qu’à soi même—sans tout cela, même en secouant les plus grands livres de Marx à Bordiga en passant par Engels et Bakounine, Grundizio MUNIS et d’autres, on n'obtiendra pas de recette miracle…


Alors, camarades aux fourneaux, il est temps de retrousser vos manches, de sortir vos meilleurs ustensiles de lutte, et de vous orienter dans les trois directions étoilées suggérées par votre guide suprême, le nouveau petit père des peuples, le soleil de l’humanité, votre dévoué JEAN GILLOT… qui veut une statue dans chaque village à son effigie…J’avais oublié…

Bon j’espère que nos lecteurs ont compris que je blaguais…


POUR LES FANS DE JEAN GILLOT...


VOICI MON PORTRAIT A ACCROCHER DANS VOTRE SALON....


JEAN GILLOT





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