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GROGNE DES PETITS EXPLOITANTS AGRICOLES: PLAIDOYER POUR LA COLLECTIVISATION DE L’AGRICULTURE MAIS AUSSI DE TOUTES LES SPHERES DE LA PRODUCTION MARCHANDE SOUS LE CONTROLE DIRECTE DES TRAVAILLEURS

La colère des petits exploitants agricoles est compréhensible et justifiée. Ces derniers mois, d'importantes manifestations d'agriculteurs ont éclaté en Europe, notamment en Allemagne, en Espagne, en Pologne, en Roumanie et aux Pays-Bas. En France, les griefs de certains secteurs agricoles ont récemment émergé sur la scène politique. Le début de la mobilisation agricole en France remonte à la fin de l'année 2023, avec des actes de révolte tels que le retournement des panneaux indicateurs de villes, menés par les Jeunes Agriculteurs (JA, affiliés à la FNSEA), en signe de protestation face aux retards de paiement des aides PAC. Lancée dans le Tarn (81), cette initiative s’était répandue sur l'ensemble du territoire français, concernant des milliers de localités. Bien que le mouvement soit initialement lancé par la FNSEA et les JA, on assiste localement à l'émergence de dynamiques spontanées. Selon Jérôme Bayle, éleveur et figure emblématique du mouvement en Occitanie, au sujet du blocage de l'A64 : « ce ne sont pas [les syndicats] qui ont donné le feu vert. Si on les avait attendu pour se mobiliser, on n’aurait rien fait avant demain mardi. Là, au moins, on a posé nos c***** sur la table". Les motifs de la contestation sont multiples et varient selon les branches d'activité. Néanmoins, les demandes générales incluent le maintien de subventions pour le GNR (Gazole Non Routier), décrié pour son impact environnemental, une meilleure prise en compte des coûts de production dans la fixation des prix agricoles, et une opposition ferme à certaines réglementations européennes jugées trop contraignantes. La hausse des prix des engrais, attribuée à la guerre en Ukraine, et celle des aliments pour bétail, affectent tout particulièrement les exploitants. De plus, ces derniers se heurtent à une augmentation générale de tous leurs intrants (produits nécessaires à la production agricole), sans parvenir à répercuter ces coûts sur leurs prix de vente, en raison notamment de la pression des grandes surfaces et de la concurrence déloyale au sein de l'UE.À cela s'ajoute une critique de la Politique Agricole Commune (PAC), qui selon les manifestants, ne soutient pas suffisamment les petits et moyens exploitants. Ils dénoncent une PAC qui favorise les grands groupes agricoles, au détriment des petits agriculteurs qui tentent de survivre dans un marché de plus en plus difficile.


Il y a une évidente convergence des luttes entre le monde agricole et le travailleur urbain, tous deux victimes de la logique capitaliste qui vise à réduire les coûts, pressurer les producteurs et travailleurs tout en maximisant les profits des grandes entreprises et distributeurs. La réponse à la détresse croissante des petits exploitants et des travailleurs agricoles, nous avançons une vision révolutionnaire pour l'agriculture : la collectivisation. Cette démarche vise à restructurer le secteur en plaçant les moyens de production et la gestion des ressources entre les mains de ceux qui travaillent la terre.


Dans le sillage de la Révolution espagnole de 1936, un formidable souffle de changement a balayé les structures rigides et inégalitaires de la société, donnant naissance à des modèles alternatifs de gestion économique et sociale à la fois audacieux et progressistes. Parmi ces innovations, la collectivisation des terres agricoles s'est imposée non seulement comme une nécessité politique, mais aussi comme un virage éthique vers une relation plus juste et plus équitable avec la production et les ressources.


En prenant exemple sur des régions comme Aragon, où des villages entiers ont embrassé l'autogestion des terres, nous comprenons le potentiel transformateur de ces initiatives. La collectivisation est allée bien au-delà d'une simple réorganisation du travail ; elle a remodelé la communauté entière autour de valeurs de solidarité, d'égalité, et de gestion directe. Les travailleurs, œuvrant de concert, ont su démontrer que la mise en commun de la terre et des outils, associée à une gestion dire de la production, pouvait mener non seulement à une plus grande efficience, mais aussi à une amélioration substantielle de la qualité de vie des membres de la communauté.


Dans les villes comme Barcelone, l'élan collectiviste s'est également manifesté dans l'industrie, prouvant par là même que le concept de collectivisation pouvait être transposé avec succès au-delà de l'agriculture. Les comités ouvriers, élus parmi les travailleurs eux-mêmes, ont géré les usines, favorisant une répartition équitable des bénéfices et une implication directe des travailleurs dans les décisions stratégiques. Ce modèle a démontré qu'une approche collective pouvait engendrer non seulement une plus grande justice sociale, mais aussi une responsabilisation et une motivation accrues chez les travailleurs.


De telles expériences historiques suggèrent que la collectivisation, loin d'être une relique idéologique, propose un cadre pratique et viable pour repenser l'utilisation de nos ressources les plus precieuses. En s'harmonisant avec les principes de solidarité et d'autogestion, la collectivisation favorise une agriculture durable qui protège l'environnement tout en assurant la sécurité alimentaire et la souveraineté des communautés locales.




Aujourd'hui, dans une époque où les inégalités se creusent et où l'urgence écologique réclame des réponses innovantes, regarder en arrière vers les succès des collectivités de la Révolution espagnole offre non seulement une inspiration, mais également une feuille de route pour une agriculture et une économie fondées sur des principes de justice et de durabilité. La collectivisation n'appartient pas qu'au passé ; elle est une voie prometteuse vers un avenir plus équitable et harmonieux. Voici des exemples généraux de collectivisations pendant la Révolution espagnole de 1936 que Gaston Leval et d'autres historiens ont souvent évoqués dans leurs écrits :

• Collectivité d'Aragon : La région d'Aragon a connu des expériences de collectivisation particulièrement étendues, avec un grand nombre de villages et de fermes organisés en collectivités agricoles autogérées. Les travailleurs mettaient en commun la terre et les outils, et géraient collectivement et directement la production et la distribution des biens.

Industrie à Barcelone : Dans la ville industrielle de Barcelone, de nombreuses usines ont été collectivisées par leurs ouvriers. Par exemple, le contrôle ouvrier a été instauré dans les transports publics, les services municipaux et dans l'industrie manufacturière. Ces industries étaient dirigées par des comités élus par les travailleurs.

Village de Marinaleda en Andalousie : Bien que plus tardive et ayant survécu à la période révolutionnaire, la coopérative agricole de Marinaleda est parfois citée comme un exemple contemporain de l'esprit des collectivités agraires initiées pendant la Révolution espagnole.

Orwell à Huesca : Dans "Homage to Catalonia", George Orwell décrit son expérience à Huesca, où il observe des terres cultivables collectivement et des efforts pour une gestion communiste de la ville.




Dans la continuité de l’expérience de communisme libertaire de l’Espagne révolutionnaire de 1936 , nous proposons une plateforme de lutte tournant autour des éléments clés suivants :


• La transformation de la Politique Agricole Commune afin de soutenir un modèle d'agriculture collectivisée, privilégiant des exploitations agricoles gérées par des collectifs, responsables et bénéficiaires de leur travail. Ce modèle vise à établir une agriculture respectueuse de l'environnement et socialement juste, qui garantirait un avenir viable pour les communautés rurales.


• La mise en place d'un pouvoir ouvrier économique qui prohibe la vente à perte, assurant ainsi que chaque produit agricole soit vendu à un prix qui reconnaisse la valeur du travail et des ressources investis. Un système de prix garantis offrirait une base stable et équitable pour les collectifs agricoles, leur permettant de se concentrer sur une production de qualité, sans la pression d'une concurrence basée sur le dumping des prix.


• Un encouragement vigoureux à la coopération agricole et au développement des circuits courts, en faisant des coopératives les principales bénéficiaires des circuits de distribution. Cela vise à éliminer les intermédiaires et les grandes surfaces qui se servent d'une proportion excessive des bénéfices, tout en rapprochant les producteurs des consommateurs.


• La solidarité avec les luttes des autres travailleurs, en soulignant que la lutte des agriculteurs fait partie d'une contestation plus large du système capitaliste. Nous devons unir nos forces et coordonner nos actions pour changer le système qui fait obstacle à la qualité de vie et à la sécurité économique de tous les travailleurs.


L'union autour de la collectivisation sous contrôle des travailleurs agricoles est la seule voie qui nous permettra de sortir de l'impasse. Seule cette collectivisation peut offrir des conditions de vie dignes à ceux qui nourrissent le monde, en leur conférant la maîtrise de leur travail et la capacité à façonner l'avenir de l'agriculture. Nous devons reconnaître que la lutte des petits exploitants n'est pas une menace, mais plutôt une opportunité de former un front uni pour affronter les nombreuses crises engendrées par le système actuel, et d'engager le passage vers un modèle agricole réellement durable et socialement juste.


La proposition de cette plateforme de lutte pour la transformation de l'agriculture actuelle résonne avec les questions urgentes d'égalité sociale et du concept de communisme de conseil. La collectivisation, en mettant le pouvoir entre les mains des travailleurs et des collectifs, se pose comme un défi direct aux structures élitistes et capitalistes qui dominent le marché et les politiques agricoles actuelles. Elle incarne l'espoir d'une société où le bien-être collectif prime sur les intérêts privés et où les décisions concernant la production et la distribution sont prises par ceux qui sont directement impliqués et affectés.


Ce mouvement vers un communisme de conseil, où les agriculteurs et les travailleurs se rassemblent pour former des organes de gestion directe, représente une approche qui transcende le capitalisme traditionnel. Il propose une vision radicale où l'économie est administrée par des conseils ouvriers qui prennent des décisions de manière horizontale et participative, sans la hiérarchie oppressive des corporatismes et des bureaucraties étatiques. Nous prônons une organisation horizontale du pouvoir en comité, avec désignation de délégués tenus par un mandat impératif et révocable pour le comité. Cette organisation s’oppose évidemment à une gestion autoritaire par une bureaucratie telle qu’elle s’était imposé dans les régimes staliniens du 20° siècle. Les petits exploitants, les ouvriers agricoles, les consommateurs conscients de leur pouvoir, tous ensemble, sont l'aube qui annonce la fin de l'exploitation capitaliste. Contrairement aux craintes infondées de ceux qui s'accrochent à un passé révolu, cette unité est le fondement d'un avenir où le profit n’est plus le moteur aveugle d'une économie déshumanisée. C'est en brisant les cadres élitistes, en démantelant le culte de la propriété et en s'appropriant collectivement les fruits de notre labeur que nous construirons un monde où l'agriculture devient un bien commun, où chaque grain semé est le symbole de la liberté et de la solidarité. Il est de notre devoir impérieux de rejeter non seulement les vestiges d'autoritarismes passés mais aussi les illusions d'une démocratie qui entretient les structures d'exploitation sous un voile de liberté illusoire. Nous ne cherchons pas simplement à redistribuer le pouvoir, mais à dissoudre ses concentrations, à bâtir une communauté de soutien mutuel où autorité n'est pas synonyme de domination, mais de responsabilité collective.


En avant, donc, avec courage et conviction, brisant les entraves de l'ignorance et de l'oppression, vers une agriculture libre et autogérée, un champ fertile pour la société communiste à venir où l'humanité, libérée de l’avidité capitaliste, pourra enfin croître en harmonie avec la terre qui la nourrit. Solidarité, liberté, égalité, voilà les semences de notre révolution; à nous de les cultiver jusqu'à ce que fleurisse le communisme de conseil!


En conclusion, l'égalité sociale est au cœur de cette lutte pour la collectivisation et le communisme de conseil. En s'inspirant de l'approche anarchiste, ce mouvement vise à abolir les hiérarchies abusives, à distribuer équitablement les richesses et à permettre à chaque membre de la société d'avoir un mot à dire dans les décisions qui impactent sa vie. C'est un appel à un renouveau de la solidarité entre les travailleurs et à une réévaluation fondamentale de notre rapport à la terre et à la production alimentaire. Dans cet esprit, les héritages de la révolutionnaire Espagne de 1936 et des conseils ouvriers nous rappellent qu'un autre monde, plus juste et plus libre, est non seulement possible, mais absolument nécessaire.



NOS SOURCES BIBLIOGRAPHIQUES:


  1. Homage to Catalonia" (1938) de George Orwell. Ce livre est le récit personnel d'Orwell de son expérience en tant que milicien dans la milice du POUM (Parti Ouvrier d'Unification Marxiste) pendant la Guerre civile espagnole. Tout en n'étant pas un texte académique, il offre une perspective de première main sur les événements de cette période, y compris les expériences de collectivisation.

  2. "The Spanish Anarchists: The Heroic Years 1868-1936" (1977) de Murray Bookchin. Cet ouvrage fournit un compte rendu détaillé des mouvements anarchistes en Espagne jusqu'au début de la Guerre civile espagnole, et inclut des informations sur les collectivisations.

  3. "Anarchism and Workers' Self-Management in Revolutionary Spain" (2012) de Frank Mintz. Ce livre traite de l'histoire du mouvement anarchiste en Espagne et de son rôle dans les collectivisations pendant la Révolution de 1936.

  4. "Collectives in the Spanish Revolution" (1976) de Gaston Leval. Cet auteur, militant et historien libertaire, présente une analyse détaillée des collectivités agricoles et industrielles qui ont émergé en Espagne pendant la période révolutionnaire.



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